99 parfums est une pièce de théâtre à 99 personnages de Geneviève Flaven, inspirée par les  récits des travailleurs de l’industrie du parfum à Grasse. C’est la première fois que le dispositif du « 99 project » est appliqué au monde du travail et c’est passionant! Geneviève raconte.

Tout commence à Grasse en 2018

En Octobre 2018, j’ai rencontré un peu par hasard Gabriel Benalloul, historien de la ville de Grasse qui m’a parlé de la connaissance approfondie des matières parfumées que les habitants de la région ont acquise et transmise au fil du temps. Cette région de France en effet est dédiée aux parfums depuis le règne de Catherine de Médicis et des générations de Grassois ont cultivé et travaillé les matériaux parfumés depuis le XVIe siècle. La capacité unique des habitants à sentir et à mémoriser les parfums m’a semblé un trait puissant pour dessiner le portrait de leur communauté. Par une heureuse coïncidence, les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse ont été déclarées patrimoine culturel immatériel par l’Unesco un mois plus tard, en novembre 2018, renforçant ainsi mon intuition première.

J’ai ensuite rencontré Christine Saillard et l’équipe du Musée international de la parfumerie de Grasse (MIP) pour leur expliquer le concept du projet 99 et ses applications. Le Musée disposait d’un fonds documentaire abondant comprenant notamment des enregistrements d’entretiens ethnographiques menés par Fanny Marchois en 2004 auprès d’anciens employés de la parfumerie … L’idée de 99 parfums était lancée…

Au coeur du «travail vivant»

J’ai reçu les fichiers audio des interviews en juillet 2019 et écouté les 140h de témoignages pour écrire la première version de «99 parfums», une pièce de théâtre de 99 personnages inspirée par les histoires de cueilleurs, de chimistes, de comptables, de courtiers, de chaudronniers, d’électriciens, de gestionnaires ou de parfumeurs de Grasse. J’ai cherché à saisir non pas l’essence volatile du parfum mais la réalité du travail et à dessiner le portrait sincère et sensible d’une communauté au travers d’histoires singulières et partagées, ordinaires, étonnantes, drôles et touchantes à la fois.

C’est la première fois que j’applique le dispositif 99 à la réalité du travail et d’après mes premiers lecteurs, c’est passionnant ! J’ai réalisé à quel point l’expérience du travail était dense et profonde. En effet, le travail occupe une place centrale dans la définition de l’identité : il procure un sentiment d’utilité sociale, de reconnaissance et même d’accomplissement ou cause de nombreuses souffrances. Mais le travail est également essentiel pour façonner les relations sociales. Car ce qui se passe sur le lieu de travail – l’oppression comme l’émancipation – se produit également dans la société.

Avec la nouvelle pièce 99 parfums, je voudrais partager l’expérience de travail de ces travailleurs de la parfumerie, c’est-à-dire la part d’eux-mêmes qu’ils engagent, l’intelligence qu’ils déploient au delà des prescriptions, l’intimité et la familiarité qu’ils entretiennent avec la réalité des tâches, la confrontation obstinée du corps avec les outils, les objets techniques et les règles mais aussi les relations interpersonnelles qui encadrent leur travail… bref tout ce qu’il faut pour que “ça fonctionne”.

Que va-t-il se passer ensuite?

Ce texte va servir à présent de matériau d’inspiration à une série d’ateliers d’écriture collaborative qui se dérouleront cet hiver à Grasse. Les lycéens écriront de nouveaux textes en résonance avec ces voix du passé. Avec leurs contributions, je vais composer la version finale de la pièce 99 parfums et transformer ces histoires individuelles en une pièce polyphonique qui pourrait ensuite toucher un public plus vaste et revendiquer le caractère central du travail dans la cité.

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