Interview Michelle Keserwany

A Lebanese singer, musician and screenwriter, Michelle Keserwany in well-known in Lebanon for her satirical political songs, that she writes with her sister Noel. She also one of the scriptwriters of the film Capharnaüm by director Nadine Labaki (Jury Prize, Cannes 2018). She facilitates the writing workshops in Arabic of the 99 LIVE LEBANON project and talks about her experience.

Chanteuse, musicienne et scénariste libanaise, Michelle Keserwany s’est fait connaître au Liban par les chansons politiques satiriques qu’elle écrit avec sa petite sœur Noel. Elle a aussi co-écrit de scénario du film Capharnaüm de la réalisatrice Nadine Labaki (Prix du Jury – Cannes 2018). C’est elle qui anime les ateliers d’écriture en arabe de 99 LIVE LEBANON. Elle nous parle de cette expérience.

YARA TAYOUN
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The workshop is a safe place where vulnerability can be revealed and expressed in front of others though writing. Confidence thus increases and self-consciousness decreases.

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L’atelier d’écriture est un espace sûr où on peut dévoiler sa fragilité, la dire et l’écrire devant les autres. La confiance augmente et l’autocritique diminue.

Why did you join the 99 LIVE LEBANON project? 

The 99 LIVE LEBANON project seemed interesting to me in the present context of Lebanon, especially to encourage a very large number of women to reveal their potential, to write, to act and to express themselves. Also, I love the creative process of the project: the team work as well as the idea of writing without a specific goal, listening and then leverage on what is available around to write. Finally, leading these workshops makes me think about my role to support creative activities, especially regarding the courses I teach at the university. The whole 99 project intrigues me and allows me to enrich my practice.

 How 99 LIVE LEBANON’s creative approach different from the methods you teach at university? 

When I give lectures on storytelling and scriptwriting at the university, I primarily try to stimulate students’ creativity through exercises that are relatively fixed. Here the content produced by the participants is the very core of the project. They are the ones who speak, the ones who say “I”. Everything they say is personal, even if they imagine to be a different character and they are accountable for it. The testimonials of the Zyara web series play a very important role. These sensitive portraits give to the project its spiritual, moral and human dimensions. The videos that we watch and transform into theatre monologues are really moving. The witnesses of the web series Zyara say ” I ” and bravely expose themselves, which allow in turn participants  to say ” I “and expose themselves with equal sincerity and depth.

What about the dynamics of collaborative writing: does it help to write together?

In the context of 99 LIVE LEBANON, we deal with intimate and personal matters and writing together allows everybody to unveil their fragility and gives the strength to do it. The workshop is a safe place where vulnerability can be revealed and expressed in front of others though writing. Confidence thus increases and self-consciousness decreases. My role is to create a comfort zone.

Could you share and comment a text written by the participants so far? 

A text particularly impressed me. It begins with the prohibitions heard as a child: do not accept the sweets that you are offered because it is Aayb ( عيب a social defilement, fairly untranslatable in English). Then, with a very subtle transition, the text goes on to the injunctions made the adult female to accept things that she does not want to because of the same Aayb (social stigma). It is a powerful text on the sentences that oppress while being full of good intentions and sweetness.

As an author, songwriter and screenwriter, does this project bring you something new?

It brings me a lot. My usual writing method is to make a lot of research and gather a lot of details. In this project, at each workshop, I am immersed in the middle of all these details. I think a writer has to be like a sponge that absorbs thing s and transformed into something else. For example, when I write political songs, I am listening to people, I hear their thoughts, their words and desires and at a time without paying too much attention, it is there. The writer’s job is in my opinion a job of transition, transmission and transformation more than creation from zero. In this profession, I believe that you have to listen much more than talk.

What do you expect from the future play 99 LIVE LEBANON? 

I think that the play 99 LIVE LEBANON will be first, an incentive for participants to continue to write, and express in their professional and personal life. Each of them realizes, workshop after workshop that they have a specific style, a unique voice that can speak loud and clear. The play will have a very positive empowering effect on them both on artistic and personal level.

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I think a writer has to be like a sponge who absorbs things and transformed them into something else.

You speak and write in several languages. What does that mean to you? What is at stake in the multilingualism in the 99 LIVE LEBANON project?

The issue is very important in Lebanon. The Arabic language is spoken by everyone but speaking English or French is a social marker. It says that you belong to upper classes. The languages in Lebanon bring together but also create distances. In my opinion, the staging of the play will have to handle this challenge and show that languages can support each other and not reproduce domination clichés. For me, for example, writing in literary Arabic is a challenge; this is why I try more and more to write in Arabic Lebanese to get out of the translation issue and filters.

What are your other projects at the moment? 

Right now, I write fables in Lebanese Arabic, “twisted” from famous tales to convey a social and political content. I work as well at the University and work on a short and full length animation films and last but not least, with my sister we are in the process of writing a new song.

Pourquoi as-tu rejoint le projet 99 LIVE LEBANON?

Le projet 99 LIVE LEBANON m’a semblé intéressant dans le contexte du Liban d’aujourd’hui, surtout pour encourager les femmes, très nombreuses, à révéler leurs potentiels, à écrire, à jouer et à s’exprimer. De plus, j’ai aimé le processus créatif du projet : le travail d’équipe, écrire sans avoir de but spécifique, écouter et s’appuyer sur tout ce qu’il y a autour de soi pour écrire. Enfin, animer ces ateliers me fait réfléchir sur mon rôle dans ce genre d’activité créative, notamment dans les cours que je donne à l’université. Cela m’intrigue et me permet d’enrichir ma pratique.

En quoi l’approche créative de 99 LIVE LEBANON est-elle différente des méthodes que tu enseignes à l’université? 

Quand je donne des cours de storytelling et de scénario à l’université, je cherche surtout à stimuler la créativité des gens par des exercices dont le contenu est relativement fixe. Ici le contenu produit par les participantes est le cœur même du projet. Ce sont elles qui parlent, elles qui disent « je ». Tout ce qu’elles disent est personnel même si elles imaginent être une autre personne et elles en portent la responsabilité. Les témoignages de la web série Zyara jouent un rôle très important. Ces portraits filmés donnent au projet sa dimension spirituelle, morale, et humaine par les images, le son, le montage des paroles. Les vidéos que nous regardons et sur lesquelles nous travaillons pour les transformer en répliques de de théâtre sont bouleversantes. Les témoins de la web série Zyara disent « je » et s’exposent, ce qui autorisent les participantes à leur tour à dire « je » et à s’exposer avec la même sincérité et profondeur.

Qu’en est-il de la dynamique de l’écriture collaborative: cela aide-t-il à écrire ensemble?

Dans le contexte du projet 99 LIVE LEBANON, on parle des choses intimes et personnelles et écrire ensemble permet la fragilité et donne de la force. L’atelier est un espace sûr où on peut dévoiler sa fragilité, la dire et l’écrire devant les autres. La confiance augmente et l’autocritique diminue. Mon rôle est de d’offrir cet espace de confort. Il n’y pas de jugement.

Pourrais-tu partager et commenter un texte écrit par les participantes ?

Un texte m’a particulièrement marqué. Il commence par les interdictions entendues enfant : ne pas accepter les bonbons  qu’on nous offre car c’est  Aayb (عيب  une souillure sociale, assez intraduisible en français) puis par une transition très subtile, le texte passe à ensuite aux injonctions faites à la femme adulte d’accepter de choses qu’elle ne veut pas toujours à cause de cette fameuse « honte sociale ». C’est un texte très fort sur ces phrases qui oppriment, tout en étant pleines de bonne intention et de douceur.

Pour toi, en tant qu’écrivain, auteure de chansons et scénariste, ce projet t’apporte-t-il quelque chose de nouveau?

Cela m’apporte beaucoup. Ma méthode habituelle d’écriture est de faire beaucoup de recherches et de rassembler beaucoup de détails. Dans ce projet, à chaque atelier, je suis immergée au milieu de tous ces détails. Pour bien écrire, je pense qu’il faut être comme une éponge qui absorbe les choses et les transforme en autre chose. Par exemple, quand j’écris des chansons politiques j’écoute les gens s’exprimer, j’entends leurs idées, leurs mots et leurs désirs et à un moment, sans y faire trop attention, ça vient. Le métier d’écrivain est à mon avis un métier de transition, de transmission et de transformation plus que de création ex nihilo. Dans ce métier, je crois qu’il faut écouter beaucoup plus que parler.

Qu’attends-tu de la future pièce 99 LIVE LEBANON? 

Je pense que la pièce 99 LIVE LEBANON sera d’abord un encouragement pour les participantes à continuer, à écrire, à s’exprimer dans leur vie professionnelle et personnelle. Chacune d’entre elles se rend compte au fur et à mesure des ateliers qu’elle a un style spécifique, une voix qui lui est propre et qu’elle peut parler à voix haute et se faire entendre. Cela aura un effet très positif « d’empowerment » artistique et personnel sur les participantes.

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Pour bien écrire, je pense qu’il faut être comme une éponge qui absorbe les choses et les transforme en autre chose.

Tu parles et écris en plusieurs langues. Qu’est-ce que cela veut dire pour toi ? Quel est l’enjeu du multilinguisme dans le projet 99 LIVE LEBANON ?

L’enjeu est très important Au Liban, l’arabe est parlé par tous mais l’anglais et le français sont des marqueurs sociaux. Ils disent d’où tu viens, c’est-à-dire en l’occurrence, de classes sociales supérieures. Les langues au Liban rapprochent mais les langues éloignent aussi. Ce sera à mon avis un des enjeux de la mise en scène de montrer que les langues peuvent se soutenir et non refléter la domination. Pour moi par exemple, écrire en arabe littéraire est un défi ; c’est pourquoi j’essaie de plus en plus d’écrire en arabe libanais pour sortir de la traduction et des filtres.

Quels sont tes autres projets du moment ?

En ce moment, j’écris des fables sociales et politiques en arabe libanais. Je continue aussi mes cours à l’Université, je travaille également sur un court métrage et un long métrage d’animation et last but no least, avec ma sœur nous sommes en train d’écrire une nouvelle chanson.

Short biography of Michelle Keserwany

Michelle Keserwany is a Lebanese singer, musician and screenwriter. At the age of 21, Michelle Keserwany released her first satirical song, viewed over a million times on YouTube. Since then, she has composed with her sister Noel many other songs, with harsh words that criticize the corruption and dysfunctions of her country. She also co-wrote the screenplay of Capharnaüm, a film by director Nadine Labaki (Jury Prize – Cannes 2018). Michelle divides her time between the scriptwriting of animated films, songs and courses at the university and she facilitates the writing workshops in Arabic of 99 LIVE LEBANON project.

Biographie express Michelle Keserwany

Michelle Keserwany est une chanteuse, musicienne et scénariste libanaise. A l’âge de 21 ans, Michelle Keserwany sort sa première chanson satirique, vue plus d’un million de fois sur Youtube. Depuis, elle a composé avec sa sœur Noel de nombreuses autres chansons, aux paroles acerbes qui critiquent la corruption et les dysfonctionnements de son pays. Elle a également coécrit le scénario de Capharnaüm , long métrage de la réalisatrice Nadine Labaki (Prix du Jury – Cannes 2018). Michelle partage son temps entre l’écriture de  scenario de films d’animation, de chansons et de cours à l’université et c’est elle qui anime les ateliers d’écriture en arabe de 99 LIVE LEBANON.

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