Hiba & Oumaïma

La dynamique du projet 99 femmes Maroc repose sur une organisation vivante: tout au long du projet, des centaines de femmes (et quelques hommes) participent, animent et accompagnent son déploiement en continu ou ponctuellement. Le succès de cette collaboration complexe à grand échelle tient à quelques principes simples: le libre engagement des parties, l’absence de prérequis et surtout la possibilité donnée à chacun.e d’aller chercher les ressources dont il ou elle a besoin pour son propre développement. La participation d’Hiba et d’Oumaïma illustrent bien cette dynamique. Hiba 21 ans (à gauche sur la photo), originaire du monde rural et fille de parents divorcés, s’est débrouillé seule depuis son plus jeune âge pour survivre. Ces débuts difficiles ont forgé une personnalité aventureuse et courageuse. En participant au projet 99, elle a pu être entendue, reconnue par les femmes de sa communauté qui ne l’ont pas toujours bien considérée. Oumaïma (à droite sur la photo) est issue de la classe moyenne urbaine de Marrakech et diplômée en management stratégique. A 25 ans  elle pose un regard réfléchi et engagée les inégalités au Maroc et voit dans le soutien aux femmes marginalisées un levier de transformation sociale puissant. Avec le projet 99, elle a pu conforter ses valeurs et éclairer son orientation personnelle et professionnelle. 

Ces deux jeunes femmes ont accompagné l’équipe projet pendant la tournée des festivals communautaires IFALAN. C’est à cette occasion que je les ai rencontrées.

The dynamics of the 99 project is based on an evolving organization: all along the projet, hundreds of women  ( a few men) participate, animate or support the project continuously or occasionally. The success of this complex and large-scale collaboration is due to a few simple principles: the free commitment of the parties, the absence of prerequisites and above all the possibility given to each person to seek the resources he or she needs for his or her own development. The participation of Hiba and Oumaïma illustrate this dynamic well. 21-year-old Hiba (on the left in the photo), originally from the rural world and the daughter of divorced parents, has managed to survive on her own since a young age. These difficult beginnings forged an adventurous and courageous personality. By participating in Project 99, she was able to be heard, recognized by the women of her community who did not always consider her well. Oumaïma (on the right in the photo) comes from the urban middle class of Marrakech and has a degree in strategic management. At 25, she takes a thoughtful and committed look at inequalities in Morocco and sees support for marginalized women as a powerful lever for social transformation. With the project 99, she was able to reinforce her values et choices for the future, both personal and professional.

These two young women accompanied the project team during the tour of the IFALAN community festivals. It was on this occasion that I met them. Read their interview = > here

Hiba

Pourrais-tu nous dire quelque chose de toi ?

Je suis née à Azilal dans le haut atlas ; Quand j’ai eu dix ans, mes parents ont divorcé et je suis allée vivre avec ma mère à Aït-Ben-Haddou*. Elle y a loué une petite maison et s’est mis à travailler comme femme de ménage dans un hôtel. Je suis allée à l’école mais après ma première année de collège, je suis allée aider ma mère et j’ai travaillé dans le même hôtel qu’elle. A quinze ans, ma mère est partie travailler à Agadir et je restée seule au village. J’ai repris le poste de ma mère et  je me suis occupée de ma petite sœur.

C’est très jeune pour avoir autant de responsabilités ! En quoi cela t’a façonné ?

Je me suis toujours senti différente des autres, plus ouverte et plus solitaire. Je n’avais pas d’amis. Ma liberté, ma volonté de travailler m’attiraient des reproches des gens du village.   J’ai fait plusieurs métiers sans trouver vraiment ma voie : ouvrière à Marrakech, technicienne en électricité, palefrenière dans une ferme à chevaux.

Tu as bien baroudé. Quelle est ton occupation actuellement ?

Pendant le confinement, j’ai commencé à tresser des bracelets de perles que je vends dans la casbah pour gagner un peu d’argent. Aujourd’hui je voudrais continuer mon activité, gagner de l’argent, aider ma mère et voyager. Je rêve d’aller à Essaouira.

Quelle a été ta participation au projet 99 FEMMES Maroc et qu’en as-tu pensé ?

J’ai participé au recueil des verbatim. J’ai pu raconter mon histoire et faire un retour sur mon passé : le divorce de mes parents, mon enfance solitaire. En écoutant les récits d’autres femmes, j’ai pensé que je n’étais pas seule. Après ce partage, les femmes du village se montrées plus gentilles avec moi. J’ai aussi aimé dire mon histoire en public sur scène (à Brachoua, Hiba est monté sur scène pour dire son monologue). Le théâtre me fait pleurer !

En écoutant les récits des autres femmes, j’ai pensé que je n’étais pas seule.

Quel conseil donnerais-tu aux femmes des villages? 

Les femmes doivent être plus courageuses, chercher du travail, faire des études et être indépendantes.

Quelle femme admires-tu ?

Ma mère et ma petite sœur qui joue dans une équipe professionnelle de football à Marrakech.

Je m’appelle Hiba, je me suis toujours sentie différente des autres. J’ai beaucoup galéré depuis mon enfance. Je n’ai jamais aimé l’école, je passais mes journées à randonner toute seule. J’ai travaillé dans le bâtiment à Marrakech ou comme ouvrière, mais j’étais si mal payée que j’ai dû rentrer à Ait Benhadou. J’ai suivi une formation en électricité, mais faute de travail j’ai abandonné. Puis j’ai intégré une association sportive que j’ai aussi quittée très vite. J’ai ensuite voulu devenir guide touristique, mais mes oncles s’y sont opposés. J’ai aussi travaillé pour le cinéma, je m’occupais des chevaux, mais encore une fois les gens ont commencé à râler et à médire de moi. Je crée des bracelets et des sacs avec du fil. Je vends mes créations et mes produits dans la kasbah et dans la rue. Je travaille dur pour gagner de quoi vivre et aider ma mère, nous n’avons personne ; mes parents ont divorcés et mon père nous a abandonnées, et le regard et la critique de la société sont durs. Je rêve d’avoir mon propre bazar.

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* Le Ksar d’Aït-Ben-Haddou dans la province d’Ouarzazate est un lieu très touristique. C’est un exemple frappant de l’architecture en terre du sud marocain.

Oumaïma

Pourrais-tu te présenter en quelques mots?

Je suis née à Marrakech. Mon père était commerçant, ma mère, femme au foyer. J’ai toujours eu de l’ambition et mes parents m’ont laissé choisir ma voie. J’ai obtenu un master en management stratégique avec l’idée de m’orienter vers le conseil. Mais je m’intéresse aussi à l’entrepreneuriat et je veux aussi avoir un impact et améliorer les conditions de vie des personnes moins favorisées.  Je ne sais pas encore ce que je vais faire : l’orientation professionnelle dans le système marocain est un long chemin.

D’où vient ton engagement associatif ?

J’ai toujours été touchée par l’injustice des enfants abandonnés. Je pense que si une société pousse une mère à abandonner son enfant, alors c’est la société, c’est-à-dire nous, qui sommes responsables. L’enfant est une feuille blanche. C’est l’environnement qui le forme. Mon engagement a longtemps été ponctuel (don du sang, collecte de vêtements pendant le ramadan) ; C’est à l’occasion d’une collecte l’argent que j’ai fait la connaissance de Khadija – Khadija  Bida est la cheffe du projet 99 FEMMES MAROC, elle est notamment en charge de faire le lien avec les femmes des village – que j’ai rencontrée lors d’une opération caritative. Je connais le monde rural, car mes grands-parents en sont issus. Femmes et ruralité, c’était un projet pour moi ! Car les femmes dans la pluralité de leur rôle de maman, de sœur, d’épouse  jouent un rôle essentiel dans la vie de plusieurs personnes. Agir pour les femmes c’est avoir un impact décuplé sur la société.

Car les femmes dans la pluralité de leur rôle de maman, de sœur, d’épouse  jouent un rôle essentiel dans la vie de plusieurs personnes. Agir pour les femmes c’est avoir un impact décuplé sur la société.

Quels sont les besoins des femmes du monde rural selon toi ?   

Le monde rural évolue mais tout de même, les traditions, le conformisme, font qu’il est difficile de s’en sortir pour les femmes ; elles ont besoin de confiance en elle, d’encouragement, de moyens de « role models » pour gagner leur indépendance financière, émotionnelle, intellectuelle.

Comment faire pour que cela change ?  

Il est important d’aller doucement, de ne pas imposer des idées venues de l’extérieure et ne pas dévaloriser l’image de l’homme pour qu’il puisse aider les femmes et avancer ensemble. La femme, égale de l’homme, cela fait peur aux hommes ici : ils craignent que l’indépendance des femmes détruise la famille. La religion, c’est la ligne rouge à ne pas franchir. Mais il faut se servir des préceptes religieux existants pour dire que les hommes doivent prendre soin des femmes.

Que retires-tu du projet 99 FEMMES MAROC ?

C’est une expérience à la fois personnelle et professionnelle pour moi ; j’ai envie de m’engager plus, comme femme marocaine, dans la continuité de cette expérience. J’ai aussi aimé aussi les histoires, de femmes pour les femmes, L’art peut changer rapidement les choses. Art can change more than politics.

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Hiba

Could you tell us who you are?

I was born in Azilal in the High Atlas; When I was ten years old, my parents divorced and I went to live with my mother in Aït-Ben-Haddou. My mum rented a small house there and started working as a housekeeper in a hotel (the Ksar of Aït-Ben-Haddou in the province of Ouarzazate is a very touristic place). I went to school but after my first year of college, I went to help my mother and worked in the same hotel as her. When I was fifteen, my mother left to work in Agadir and I was left alone in the village. I took over my mother’s job and took care of my little sister.

It’s very young to have so many responsibilities! How did it shape you?

I have always felt different from others, more open and more solitary at the same time. I had no friends. My freedom, my will to work raises critiques from the people of the village. I did several jobs without really finding my way: worker in Marrakech, electrical technician, groom on a horse farm.

You did well. What is your current occupation?

During the lock down, I started to weave pearl bracelets that I sell in the casbah to earn some money. Today I would like to continue my activity, earn money, help my mother and travel. I dream of going to Essaouira

What was your participation in 99 WOMEN MOROCCO and what did you think of it?

I participated in the collection of verbatim. I have little to do to look back on a past, the divorce of my parents, my lonely childhood. Listening to the stories of other women, I thought I was not alone. After the sharing, the women of the village were nicer to me if we did not talk about it again afterwards. I also liked to tell my story in public on stage (in Brachoua, Hiba went on stage to tell his monologue). The theater makes me cry.

Listening to the stories of other women, I thought I was not alone

What advice would you give to women in the villages?

Women need to be more courageous, look for work, study and be independent.

Which woman do you admire?

My mother and my little sister who plays in a professional football team in Marrakech.

* Le Ksar d’Aït-Ben-Haddou dans la province d’Ouarzazate est un lieu très touristique. C’est un exemple frappant de l’architecture en terre du sud marocain.

Oumaïma

Could you introduce yourself in a few words?

I was born in Marrakech. My father was a merchant, my mother a housewife. I have always had ambition and my parents let me choose. I obtained a master’s degree in strategic management with the idea of ​​going into consulting. But I am also interested in entrepreneurship and I also want to have an impact and improve the living conditions of less privileged people. I don’t know very well what I’m going to do yet: vocational guidance in the Moroccan system is a long way.

Where does your community involvement come from?

I have always been touched by the injustice of abandoned children. I think that if a society pushes a mother to abandon her child, then it is the society, that is to say, us, who are responsible. The child is a blank sheet. It is the environment that shapes it. My commitment has long been punctual (donating blood, collecting clothes during Ramadan); It was while collecting money that I met Khadija (Khadija Bida is the head of the 99 WOMEN MOROCCO project, she is in particular in charge of making the link with the women of the villages) whom I met during a charity operation. I know the rural world, because my grandparents came from there. Women and rurality, it was a project for me! Because of the plurality of their role as mother, sister, wife, women play an essential role in the lives of many people. Acting for women means having a tenfold impact on society.

Because of the plurality of their role as mother, sister, wife, women play an essential role in the lives of many people. Acting for women means having a tenfold impact on society.

What do you think rural women need?

The rural world is changing but all the same, traditions, conformism, make it difficult for women to get by; they need self-confidence, encouragement, means of “role models” to gain their financial, emotional, intellectual independence;

How to make this change?

It is important to go slowly, not to impose ideas from outside and not to devalue the image of men so that they can help women and move forward together. The woman, equal to the man, scares the men here: they fear that the independence of women will destroy the family. Religion is the red line. But he makes use of existing religious precepts to say that men must take care of women;

What do you take away from the project 99 WOMEN MOROCCO?

It is both a personal and professional experience for me; I want to get more involved, as a Moroccan woman, in the continuity of this experience. I also liked the stories, from women for women, Art can change things quickly. Art can change more than politics.

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