Before, during and after the interview

I have an appointment with S. on Saturday at 4 pm for an interview as part of the 99 project and I have to admit, I’m a little nervous. Do you have something interesting to say?  eng- fr

english – french

English version

Before the interview

I have an appointment with S. on Saturday at 4She’s interviewing me for the 99 project, and I have to admit, I’m a little nervous. Do I have anything interesting to say?

The fact is, as the author of the play, 99 women, I feel I have already told most of my life. A quarter of the play is a direct reflection of me. To write it, I drew in my memories, my admirations, my secret wounds and my obsessions; I distilled them with a good dose of bad faith and a lot of freedom to transform them into living characters. Still, I wrote on, hidden behind the mask. Believe me, I had fun.

But now I feel naked, and that worries me. I am not afraid to open up to people– I have a sense of modesty like everyone else, but I’m not reluctant to share my stories – though what if nothing comes out? Nothing fruitful or nourishing? What if is my story is desperately sterile?

My fears imagined and maybe even pedantic – I am not fruitless yet, anyway! – But it seems to me that I have touched a deeper concern: the incommunicability of being.

Indeed, a sense of being depends on one crucial component: relationships to other people. Identity is not about “being yourself” as the advertisements say. It seems to me that what defines us relies a great deal on what is happening in the context of our relationships. The possibility of exchange – what I say resonates within another person and comes back to me – , and what comes back is incomplete: no one can say everything; no one can hear everything.

As for me, the practice of writing helps to solve this insoluble equation. Between the self that produces the thoughts and the self that considers them, sometimes it connects. It is the fleeting moment when you are with yourself, unified. As the Belgian poet Henri Michaux wrote in his book, Ecuador, “From one second to fifteen days, that’s my life.”

But in conversation with others, misunderstanding is the rule!

Okay, enough talk, it’s time to go.

During the interview

We meet in the lobby of a hotel on the edge of Jing’an. It is raining. The begins with my fear of having already “said everything.” S. hops on that concern and asks me what topics I would have left untold. A playful way to startdiscussing the subjects I don’t care about. I’m thinking. Thinking against oneself is always expedient! But then, you are also defined by the “blanks” in your thoughts.

S. goes on with easy questions about my story, different aspects in turn: politics, spirituality and the body. S. admits she has a personal interest in the perception of the body. Her questions lead me to articulate thoughts not yet formulated on how I live in my body. I slice my body into parts and separate the parts I neglect, those I protect, and the ones I care for. The cutting is funny and informative.

We end the interview on a collateral question: what does my secret garden look like? A cliff, a rock, a tree, and the void. Not very comfortable true, but I am contented seeing this picture raised in evidence.

After the interview

The interview is over; it was almost two hours, and left me very satisfied. While experiencing S.’s point of view and her questions about my life, I was able to “read” myself in a different light and thus encounter things that concern me. They will now exist in a new way.


French version

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Avant

J’ai rendez-vous avec S. samedi à 16h pour une interview dans le cadre du projet 99 et je dois l’avouer, je suis un peu nerveuse. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire d’intéressant?

Il faut dire que comme auteur de la pièce 99 women, j’ai l’impression d’avoir déjà très copieusement raconté ma vie. Un bon quart de la pièce me concerne directement. Pour l’écrire, j’ai puisé dans mes souvenirs et mes admirations, mes blessures secrètes et mes obsessions que j’ai distillés avec une bonne dose de mauvaise foi et pas mal de liberté pour en faire des personnages de théâtre. De sorte que j’avançais masquée et sous ce masque, crois moi, je me suis bien amusée.

Mais là, j’ai l’impression que je vais devoir me mettre à nu et cela m’inquiète. Je ne crains pas de me confier (j’ai des pudeurs comme tout le monde mais pas de répugnance excessive à partager mes histoires) mais bien plutôt que rien de m’échappe de fécond, de nourrissant, et que mon récit reste d’une stérilité désolante.

Mes craintes sont largement imaginaires et même teintées d’une certaine affectation  – je ne suis pas  inepte à ce point tout de même ! – mais il me semble que je touche là une inquiétude plus profonde à l’ombre de ce grand truc: l’incommunicabilité de l’être.

C’est que le sentiment d’exister tient à une composante essentielle : la relation à l’autre. Car l’identité évidemment ce n’est pas seulement « être soi-même » comme on le martèle dans les publicités. Elle tient pour une bonne part à ce qui se trame dans l’altérité: la possibilité de l’échange – ce que je raconte, résonne chez l’autre et  me revient  –  et son impossible complétude – personne ne peut tout dire ni tout entendre.

Pour ma part, l’écriture m’offre par miracle une solution à cette équation insoluble. Entre le soi qui produit la pensée et celui qui la considère, il arrive quelquefois que le courant passe : c’est l’instant fugace où l’on est avec soi-même, unifié. Comme l’écrit le poète Henri Michaux dans son livre Ecuador : « D’une seconde à quinze jours, voilà toute ma vie ».

Mais ailleurs, va savoir, le malentendu règne ! Bon, il est temps d’y aller.

Pendant

On se retrouve dans le lobby d’un hôtel du côté de Jing’an. Il pleut. La conversation prend comme point de départ ma crainte d’avoir déjà « tout » dit. S. rebondit et me demande alors quels sont les sujets dont justement, je n’aurais pas déjà parlé. Une manière malicieuse de commencer : évoquer les domaines dont je me fiche éperdumment. Je réfléchis. Penser contre soi-même est  un bon expédient !  Finalement, on se définit aussi par les « blancs » de sa pensée.

Puis on enchaîne vers des questions plus aisées qui portent tour à tour sur différents aspects de ma vie comme être politique, spirituel et corporel. Le rapport au corps l’intéresse à titre personnel (elle annonce la couleur) et ses interrogations m’amènent à exprimer des pensées non encore formulées sur la manière dont j’habite mon corps. Je me débite en tranches,  distingue les parties que je néglige, celles que je protège, celles qui m’importent ou me racontent, le dépecage est  amusant et instructif.

Nous finissons l’entretien sur une question subsidiaire : à quoi ressemble mon jardin secret ? une vire accrochée à la falaise, la roche, un arbre, le vide : j’ai été contente d’avoir vu se lever cette image comme une évidence.

Après

L’entretien s’achève, il a duré un peu moins de deux heures.  Je repars satisfaite. En partant du point de vue de S. et de ses questions sur ma vie, j’ai pû me « lire » sous un jour différent et ainsi, aller à la rencontre de choses qui vont désormais exister.

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