159. Je m’appelle Max, 35 ans, sans enfants, bac électronique, ingénieur informatique. Je ne supporte pas les femmes. Les hommes non plus d’ailleurs. A quoi bon lorsque la fidélité infaillible des ordinateurs est à notre portée ?

Leah– 2 Novembre 16

 

158. Je suis Justine. Au lycée, je m’entrainais pour courir le marathon. J’ai été forcée d’arrêter : je me suis blessée. Ensuite j’ai étudié à Paris, ville de mes rêves. En réalité je m’y suis désespérément ennuyée… Puis j’ai très vite trouvé mon premier poste. J’avais signé pour être responsable grands comptes, je me suis retrouvée secrétaire. Je rêvais d’un mariage grandiose. Le nôtre s’est déroulé sans cérémonie, dans la précipitation de notre départ à Shanghai. Depuis 3 ans, nous prévoyons d’avoir des enfants rapidement. Dois-je vraiment continuer d’espérer… ?

Leah– 2 Novembre 16

 

157. Je m’appelle Prudence. J’ai tendance à être accommodante. En cas de conflit, je cherche à lisser les choses. Je me dis que c’est de ma faute, que je n’ai pas compris. Cela m’afflige que quelqu’un puisse avoir quelque chose contre moi, ne pas m’aimer et couper court. Je crois que j’ai un problème de légitimité et préfère me conformer à ce que les autres attendent de moi. C’est plus simple quand tout se passe bien.

G.F. – 2 Novembre 16

 

156. Moi c’est Sandro. Mon fils pense que je suis un rustre introverti, autoritaire et dur au mal. Le fait est que j’ai consacré ma vie à travailler d’arrache-pied, pas à m’amuser. J’ai eu du mal à accepter ce fils joyeux, jouisseur et insouciant. Moi qui ai trimé toute ma vie dans la douleur,  je n’ai jamais compris comment j’avais pu donner naissance à un surfeur.

G.F. – 2 Novembre 16

 

155. Mon nom est Célestin. Quand je suis arrivé en Chine, j’ai découvert que le mandarin qu’on apprend en cours n’a rien à avoir avec la langue de la rue. J’ai appris le chinois avec Lu Xun et ici, on ne parle pas comme çà.

G.F. – 2 Novembre 16

 

154. Je m’appelle Stan. Je me souviens de ma séparation comme d’un mauvais film dont la fin inéluctable est cousue de fil blanc. Une, deux, trois confrontations douloureuses. Une, deux, trois réconciliations douteuses. Quelques mois passent. Puis, c’est la dernière valise, le dernier carton. La porte se ferme. Extérieur nuit.

G.F. – 2 Novembre 16

 

153. Mon nom est Cédric. J’ai un rapport avec l’argent plutôt « américain ». J’aime conduire des berlines allemandes, porter des montres suisses, des costumes anglais et des chaussures italiennes. L’argent est un passeport international. Je suis fier d’en avoir et je ne m’en cache pas.

G.F. – 2 Novembre 16

 

152. Je m’appelle Frank. Ça a été un choc de devenir Directeur. J’ai toujours été engagé en politique, le cœur plutôt à gauche. Et là tout à coup on devient le méchant aux yeux des syndicats.

G.F. – 2 Novembre 16

 

151. Je suis Vladimir. Je suis naturellement au milieu. Entre ma sœur et mes parents. Entre la scène et le politique. Entre la poire et le fromage. J’ai le cul entre deux chaises. C’est inconfortable.

G.F. – 2 Novembre 16

 

150. Mon nom est Arnaud. J’aime mes filles. Elles sont belles, elles ont du chien et de l’esprit. Ce ne sont pas des « mini oui-oui ». C’est comme ça qu’on dit ?

G.F. – 2 Novembre 16

 

149. Je m’appelle Lucie.

Je vois mon lit à barreau ce matin-là et la lumière naissante qui tombait sur la tapisserie à fleurs orange tandis que mes parents dorment encore.

Je vois ma chienne étendue sur la terrasse au soleil qui sourit tandis que mon père s’escrime sur la tondeuse à gazon.

Je vois mon mari le 8 août 1988 qui contemple notre fille nouveau-née encore toute repliée entre ses mains.

Je me fonds dans l’expérience du présent tangible lors d’une retraite en silence, je suis là et toute séparation est abolie.

Alia– 2 Novembre 16

 

148. Je m’appelle Capucine.

J’aime ce qui est beau, je n’aime pas ce qui est moche.

J’aime créer avec mes mains, je n’aime pas jouer à Candy Crush.

J’aime chiner, je n’aime pas les hommes interchangeables.

J’aime faire des confitures, je n’aime pas les plats à réchauffer.

J’aime ce qui est beau, je n’aime pas la banalité.

Alia– 2 Novembre 16

 

147. Je m’appelle Alice.

Ma fille a déjà un mois. Je peux passer chaque jour au moins une heure au téléphone avec ma mère. Pour lui dire quoi ? Que ma file dort, pleure, tête, vomit et même fait caca. Parce que l’émerveillement ça ne se raconte pas !

Alia– 2 Novembre 16

 

146. Je m’appelle Laurent. Shanghai me va comme un gant. Elle me ressemble et suit mon évolution : il y a dix ans, j’arrive à Pudong : les autoroutes vides et immenses, l’appartement exigu de ma petite amie, la vie dehors, le blingbling qui côtoie la pauvreté, l’effervescence, la quête perpétuelle de nouveauté, l’éphémère des tendances. En 2010, l’expo universelle, la ville se restructure entièrement. C’est l’année où j’ai quitté ma copine. Depuis, j’ai monté mon entreprise. Ma boîte marche bien. Et Shanghai est devenue une ville de riches.

Gaëlle D. – 2 Novembre 2016

 

145. Je m’appelle Isabelle. La vie c’est du hasard qui tombe à point nommé. 2004, une rupture, une déception professionnelle, une envie de partir : je réponds à une annonce pour un emploi à Shenzhen. Je prends l’avion pour l’entretien, et j’ai eu le job en dix minutes ! Plus tard, je rencontre un homme lors d’un projet professionnel. Il est beau, il me propose de partager un taxi. Nous habitons dans le même quartier ; dans la même rue ; dans le même immeuble ! Trop beau pour être vrai, mais c’est mon mari depuis dix ans. A part ça, j’ai une vie très banale !

Gaëlle D. – 2 Novembre 2016

 

144. Je m’appelle Marc. Je n’aimais pas le tofu pourtant je suis venu en Chine. Je n’aimais pas courir non plus, pourtant j’ai déjà fait deux marathons. J’aimais être seul, ici je me balade en bande. Avant j’étais plutôt noctambule, maintenant je fais des brunchs en terrasse. Comme quoi on s’habitue à tout. Sauf aux films qui passent dans les cinémas chinois. Ca je ne m’y fait pas. Obligé d’acheter des DVD ! Mon home video est mon bien le plus précieux.

Gaëlle D. – 2 Novembre 2016

 

143. Je m’appelle Delphine. Shanghai, mais c’est E-PA-TANT ! J’adore cette ville. J’étudie le chinois, je m’initie à la médecine traditionnelle, c’est formidable d’apprendre quelque chose de nouveau ! Et puis quelle chance incroyable de se mettre à son compte sans la pression de gagner de l’argent. Et pour ma famille ! Quelle opportunité inédite de découvrir une nouvelle culture ! Je suis d’accord avec ma fille : Shanghai est la meilleure ville du monde!

Gaëlle D. – 2 Novembre 2016

 

142. Je m’appelle Alexandre. J’ai toujours fais des choix drastiques dans ma vie. Il y a 20 ans j’ai quitté ma ville natale pour étudier en Scandinavie. En 2009 j’ai quitté un emploi stable pour tout reconstruire en Chine : une nouvelle relation sentimentale, une carrière à inventer. Je me demande pourquoi je m’impose de tels bouleversements. Ces complications que je m’oblige à affronter sont un une véritable torture pour un angoissé comme moi. Il faut croire que je suis un peu maso. Ou bien peut-être est-ce ma manière d’apprendre à calmer mon anxiété. Vous parlez d’un traitement de choc !

Gaëlle D. – 2 Novembre 2016

 

141. Je m’appelle Laurent. J’ai monté ma boîte, et dans mon business je matche des clients avec des prospects, je surfe sur les tendances, même si elles switchent au bout de six mois. On m’a offert un job d’auditeur dans une grosse boite internationale. J’ai dit « no way ! ». Bosser en costume gris pour un manager incompétent, c’est pas mon truc. Je veux être mon propre patron !

Gaëlle D. – 2 Novembre 2016

 

140. Je m’appelle Yannick. Je ne savais pas quoi faire, alors j’ai fait prof ! Puis je suis devenu banquier et bloggeur branché. Au commencement, l’éducation mais pas de millions, puis l’opulence mais pas l’insouciance! Finalement j’ai trouvé ce qui m’importait : ma liberté avec ou sans monnaie.

Chiara – 26 octobre 16

 

139. Mon nom est Sébastien. Lorsque je repense à mon enfance, je vois une balançoire. Elle va et vient, fragile équilibre. Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 4 ans. Très vite, ma mère s’est remariée puis a divorcé à nouveau. L’amour, ça va, ça vient. Fragile équilibre. Ejecté le beau-père ! Enfant balloté, je l’ai longtemps détesté. Nous sommes aujourd’hui les meilleurs amis du monde. Cet homme est devenu mon repère. Et moi, j’ai sauté de la balançoire.

Chiara – 26 octobre 16

 

138. Je m’appelle Ombeline. Le jour de la mort de ma mère, j’ai mangé des huitres. Le goût de l’iode m’a ramenée au bord de l’océan, à ce moment magique passé avec elle. Nos respirations se mêlaient au vent du large, vivant, infini. Sur son lit de mort, ma mère m’a souri. Elle m’a pris la main. « Je sens le souffle de la mer » m’a-t-elle dit avant de s’éteindre lentement. Ma mère m’a aimée de mon premier souffle à son dernier soupir.

Chiara – 26 octobre 16

 

137. On me prénomme Valentine. Quand j’étais petite, il y avait cette voisine. Elle me voyait arriver sur mon vélo et ouvrait ses bras en grand. C’était un rituel. Puis elle m’invitait chez elle mais je n’osais pas franchir le seuil. Une fois, elle m’a servi des gâteaux et du thé avec une cuillère des Télé-tubbies fichée dans la tasse. Quelque chose s’est passé, le temps s’est arrêté. Elle m’a appelée Tine. Je lui ai dit Mère Grand. Grâce à elle, j’ai appris à accueillir le monde à bras ouverts.

Chiara – 26 octobre 16

 

136. Je m’appelle Blanche. Je suis fière de dire que je ne bois pas le mardi ! Ce jour-là, mon corps atteint l’ivresse au rythme étourdissant de la salsa. Le temps d’une soirée, je me sens vivre, intéressement vibrante. Les autres jours, l’alcool embrume mon esprit et je ne sais plus qui suis-je vraiment ?

Chiara – 26 octobre 16

 

135. On me nomme Marianne. Mais mon vrai nom c’est liberté.

Louvoyant dans un Shanghai cosmopolite

Inspirée par sa frénésie du quotidien

Bousculée parfois par tant de chaos

Et pourtant apaisée intérieurement

Résistant au temps qui passe

Transcendée par le bonheur de moments fugaces

Enfin je touche à la quiétude !

Chiara – 26 octobre 16

 

134. Je m’appelle Joséphine.

J’ai toujours écouté mon père. Quand j’étais enfant, il me répétait sans cesse « sois marginale, hors du temps ».

J’ai suivi son conseil.

J’ai séjourné un an à l’hôpital, hors du temps. En chambre stérile, marginale.

J’ai eu deux cancers. J’ai survécu.

Chiara – 26 octobre 16

 

133. Je m’appelle Louis.

A 20 ans, je me disais, il faut tout planifier. Ma vie rentrait dans une feuille Excel. Sécuriser les aspects financiers. Fonder une famille. Me construire un réseau.

A 30 ans, l’argent coulait à flot mais je restais célibataire et sans amis proches.

A 40 ans, J’étais à sec. J’ai tout remis en question.

A 50 ans, j’ai refait surface. J’ai épousé Lin.

La vie s’écoule. J’ai lâché prise.

Chiara – 26 octobre 16

 

132. Mon nom est Pierre. Mon fils se prénomme Paul.

J’ai pris l’avion pour la première fois à 17 ans. Lui avait 4 mois.

A 10 ans, je n’avais qu’une idée en tête : « me tirer de ma banlieue ».

Lui, au contraire, adore notre loft au trentième étage d’une tour de Shanghai.

Je ne connaissais que le français, lui parle 3 langues.

Ah si ! Une chose que l’on a faite au même âge.

A cinq ans, mon grand-père me donnait des bonbons que nous mangions en cachette.

Il croit que je l’ignore. Mais mon père fait la même chose avec mon fils.

Et moi je dis, les bonbons clandestins, ça c’est une tradition !

Chiara – 26 octobre 16

 

131. Je m’appelle Diane.

Je suis une artiste, la tête dans les nuages et des rêves infinis.

Mes parents me voient perchées et s’en inquiètent. Ils ne croient pas en moi.

« Epouse un mari riche ou tu seras une artiste crève la faim, toute ta vie ».

J’ai rempli mon contrat, je me suis casée.

Je n’ose pas leur avouer que mes rêves perdurent car je crains de briser l’image de fille posée qui les rassure.

J’aimerais tant qu’ils m’aiment pour qui je suis.

Chiara – 26 octobre 16

 

130. Je m’appelle Babeth.

J’aurais voulu être inspecteur de police.

Je suis devenue thérapeute.

Vivant ou mort,

Au fond, l’Humain est au centre de tout ça.

Chiara – 26 octobre 16

 

129. Je m’appelle Caroline.

Kazakhstan, Corée puis La Creuse !

Parcours atypique d’une Curieuse.

Quelle est ma quête ?

Creuser mon identité ?

Accepter les Compromis ?

Croire au bonheur ensemble,

Qu’importe l’endroit !

Chiara – 26 octobre 16

 

128. Je m’appelle Laurent. Chaque soir, avant de rentrer, je restais 10 minutes assis dans ma voiture. C’était le seul moment de calme entre le bureau et la maison. Ma femme allait me bombarder de questions. Tout y passait : mes rencontres, mes amis, mes envies. Elle commentait tout d’un ton acerbe et tranchant. Cette bataille rangée a duré 21 ans. Et puis j’ai demandé le divorce. Je venais de rencontrer une fille lumineuse, libre et pas compliquée. Depuis, elle est partie avec un autre, d’ailleurs.

Alia – 26 Octobre 2016

 

127. Je m’appelle Alexandre. Depuis trente ans, tous les matins au réveil, je note mes rêves. C’est une sorte de routine, un peu comme le tennis. Je ne manque jamais un rendez-vous. A ce jour, je dois en avoir plus de dix mille mais je ne me souviens pas d’un seul rêve qui m’ait éclairé sur moi-même.

Alia – 26 Octobre 2016

 

126. Je m’appelle Sacha. Un soir je suis rentré à la maison, ma femme était partie avec tout : les enfants, ses vêtements, nos meubles. Il ne restait que moi au milieu de notre appartement déshabillé. Je me suis effondré. Mon père a dû littéralement me nourrir à la petite cuillère pendant trois ans comme un bébé.

Alia – 26 Octobre 2016

 

125. Je m’appelle Jean-Marc. Marié, quatre enfants, je gagnais bien ma vie, j’avais réussi, comme on dit. Et puis le vent a tourné, j’ai moins bien gagné ma vie et ma femme est partie. Envolée avec un milliardaire alors que j’étais dans une passe difficile, comme on dit. J’ai souffert et pourtant je me suis remarié. Nouvel enfant, nouvelle femme, nouvelle famille. Je suis romantique, comme on dit.

Alia – 26 Octobre 2016

 

124. Je m’appelle Karine. Pourquoi as-tu divorcé, demande-t-on ? Pourquoi faut-il toujours que les gens posent les mêmes questions ? Quelle étiquette veulent-ils me coller ? Trompée ? Battue ? Négligée ? Que cherchent-ils à comprendre ? A quelle conclusion veulent-ils aboutir ? Il n’y a rien à comprendre. Je n’ai pas de réponse à cette question

Alia – 26 Octobre 2016

 

123. Je m’appelle Inès. C’est ma mère qui faisait bouiller la marmite. Mon père lui vivait sa vie d’artiste. Puis il s’est mis à boire. Il répétait à longueur de journée qu’il n’était bon à rien. Il ne créait plus rien. Je lui en ai beaucoup voulu. Sa mort d’une cirrhose du foie a été un soulagement.

Alia – 26 Octobre 2016

 

122. Je m’appelle Zoé. Je voulais un enfant. Il partait. Il revenait. Je faisais des fausses-couches. Je m’accrochais à lui. Tout ça pour me retrouver plaquée mais finalement enceinte. Dans le fond, j’ai eu ce que je voulais.

Alia – 26 Octobre 2016

 

121. Mon nom est Rémi. J’apprends à danser le rock parce que je vais me marier l’année prochaine. Dans la famille de mon futur mari, on aime danser. Oui, tu as bien compris. Je suis homosexuel et je l’ai toujours su. Maman attendait une petite fille et elle est arrivée avec un zizi entre les jambes.

G.F. – 26 Octobre

 

120. Je m’appelle Jacques. Ma vie est un combat. Je me bats dans la file d’attente à la poste, je bataille pour un ticket de train à la gare. Je lutte même contre les chaudières qui tombent en panne. Je suis en guerre permanente et cette guerre je veux la gagner. Putain de chaudière !

G.F. – 26 Octobre

 

119. Je me nomme Albert. Je n’aime pas mon corps. L’année dernière, j’ai perdu 20 kilos et j’en ai repris 17. C’est plus fort que moi. Faut que j’avale, que j’ingurgite, que je bouffe, que je bâfre pour satisfaire mes papilles insatiables. Ma femme me prépare des plats diététiques mais mon corps se rebiffe et cela me désole.

G.F. – 26 Octobre

 

118. On me connait sous le nom d’Etienne. Je suis un homme de l’ombre, un faiseur de roi, une éminence grise. En secret, je tisse ma toile et étends mon influence. Je suis un homme puissant. On m’encourage à me lancer dans la politique. Mais la vérité est que je suis incapable de parler en public. J’ai écouté cent fois les discours de Churchill et du Général de Gaulle pour améliorer ma rhétorique. Rien à faire ! Je suis tétanisé à l’idée de mal m’exprimer. Pas de tribune pour moi!  Je reste cantonné aux bruits de cour et aux petites confidences entre amis.

G.F. – 26 Octobre

 

117. Mon nom est Alan. Le bruit que je préfère c’est le silence. Ma fiancée met parfois de la musique dans notre appartement, et franchement, on s’en passerait.

G.F. – 26 Octobre

 

116. Je m’appelle Alexis. Ma fiancée est chinoise. Elle est jalouse, possessive à un point ! Tiens ! Elle ne comprend pas que je puisse danser avec la femme d’un ami. Pourtant c’est tout ce qu’il y a d’innocent. Récemment, elle s’est efforcée de mieux se contrôler. Elle m’a demandé que je la prévienne quand je rentre tard à la maison. C’est constructif. J’étais très fier d’elle. Avec un peu d’effort, je pense que parviendrons à améliorer notre relation.

G.F. – 26 Octobre

 

115. Je m’appelle Manoj. Je n’ai pas la larme facile. La dernière fois que j’ai pleuré, c’était devant un film. Ça parlait de la vie et de la mort. Enfin, je crois.

G.F. – 26 Octobre

 

114. Je m’appelle Ayana. Adolescente je me suis prise de passion pour les romans à l’eau de rose, les romans d’amour. Ça m’aidait à supporter ma vie. Je lisais deux ou trois romans de Barbara Cartland par jour. Je m’en servais comme médicament. Je vivais par procuration des choses fantasmagoriques et romantiques, c’était un véritable besoin, je suis devenue accro. Je me suis mise à les piquer dans la librairie de ma ville. Le libraire a fini par le dire à ma marraine, c’était la honte.

Les Stylos en Villégiature – E.Rousset – 26 octobre 2016

 

113. Je m’appelle Irina. Je suis Roumaine.

J’ai été élevée par des parents communistes, à la chinoise.

Je n’aime pas qu’on me dise ce que je dois faire.

Je ne supporte pas les cris de mon fils.

Je déteste l’échec. L’échec n’est pas possible. L’échec n’existe pas.

J’exècre les gens qui pensent que les filles de l’Est sont des putes.

J’aime écouter la mer sur une plage au Brésil.

J’aime vivre le présent.

J’aime le Rouge.

Les Stylos en Villégiature – E.Rousset – 26 octobre 201

 

112. Je m’appelle Denis.

Je me souviens de ma banlieue parisienne glauque.

Les mêmes journées, les mêmes lieux, les mêmes commerces, les mêmes personnes.

Je me souviens de partir, et de ce premier jour à Shanghai, très très bizarre.

Et puis toutes ces soirées improbables, ambiance frénétique et déjantée.

Je me souviens de ma vie déstructurée, comme la ville. On a grandi ensemble.

Les Stylos en Villégiature – E.Rousset – 26 octobre 2016

 

111. Je suis Julia.

Un jour, je partirai pour un pays lointain

Je quitterai ma mère pour explorer mon jardin

Pour elle je sèmerai les graines

Je cultiverai les pousses

Je récolterai les fleurs

Et quand je reviendrais, je lui offrirai ce bouquet de vie.

Les Stylos en Villégiature – E.Rousset – 26 octobre 2016

 

110. Moi, c’est Laure.

Le produit de bourgeois cathos carriéristes et matérialistes qui se sont transformés en yogis bouddhistes végétariens lunatiques.

Il y a tant à dire sur mes parents !

Je suis paumée.

Enfin diplômée, j’ai pris le large il y a deux mois.

La première paye vient de tomber. Je vais pouvoir couper le cordon !

La prochaine fois, je pourrai vous parler de moi.

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 19 Octobre 2016

 

109. On me nomme Anna

Mon histoire est un grand A

A comme Abandonnée

A comme Adoptée

A comme hAsard

A comme Apatride

A comme Astre, vous savez la bonne étoile ?

A comme Artiste

A comme Accrochée à la vie

A comme Résilience…Sans A

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 19 octobre 2016

 

108. C’est moi Lili. Voilà longtemps que je ne t’ai pas écrit. Six mois déjà à New York. Nous avons fêté notre premier Thanksgiving. Il faut que je te raconte cette soirée chez une collègue black qui bosse avec Tom. Nora a fait ses études à Harvard, c’est la dernière-née d’une fratrie de seize enfants, oui, seize enfants ! Tu peux pas imaginer le joyeux bazar dans la maison, c’était dingue. Du monde partout, des enfants qui saute sur un trampoline au sous-sol, et ça parle, et ça crie, et ça rit, on me touche, on m’attrape, on m’embrasse, hugs par ci, hugs par là, je n’ai jamais ressenti une telle chaleur humaine. Etonnante cette ville.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 19 octobre 2016

 

107. Je suis Séraphine.

J’aime !

J’aime infiniment

J’aime spontanément

J’aime clairement

J’aime légèrement

J’aime frontalement

J’aime froidement et … chaudement

J’aime tendrement

J’aime incroyablement

J’aime cacophoniquement

J’aime librement

J’aime… heureusement !

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 19 octobre 2016

 

106. Je m’appelle Philippe

J’ai un fils

J’ai toujours eu peur de lui

Peur de sa manière de prendre la vie, sans contrainte, comme elle vient.

Il est tout le contraire de ce que je suis

Moi j’ai peur de l’échec

Il faut travailler pour faire sa place, c’est la seule manière

Lui ne pense qu’à profiter de la vie

‘Et si tu te plantes ?’ je lui disais

Il est parti en claquant la porte

Il y a 3 ans

Est-ce qu’un jour enfin je guérirais de ma peur ?

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 19 octobre 2016

 

105. Je suis Pascal

Pour mon frère, mes sœurs et moi, il fallait vivre ailleurs.

Nous avons été élevés pour penser que c’était mieux ailleurs.

Mon ailleurs à moi, c’est Shanghai.

J’aime ce bain de culture chinoise dans lequel je trempe chaque jour.

J’aime communiquer avec mes quelques mots de chinois, parfois je complète avec mes mains !

J’aime aller au marché acheter mes légumes, je salue les marchands, ils me connaissent maintenant.

J’aime aller manger dans ces petits bouis-bouis dans la rue d’à côté ; jiaozi, caibao, xiaolong bao, frits, à la vapeur, je les aime tous !

J’aime voir mes voisins sortir se promener en pyjama à la tombée de la nuit.

Mon ailleurs est un quartier très chinois où il n’y a aucun étranger et cela me plaît.

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 19 octobre 2016

 

104. Je m’appelle Kim. Je suis tombée amoureuse d’un garçon lors d’un week-end en voyage organisé. Quand on me demande, je réponds que j’ai gagné mon mari à un jeu télé. Et c’est vrai ! Je participais à l’émission « Dieux de l’amour ». Un mur, d’un côté quatre garçons, de l’autre quatre filles. Le but du jeu est de former des couples en répondant à des questions. On se découvre à l’aveugle, avec seulement le timbre d’une voix pour deviner la personnalité. C’est très mystérieux et très excitant. A la fin du jeu ils ont réuni les plus nuls. Chez les filles c’était moi. Et quand le mur est tombé, j’ai découvert le garçon le plus nul des « Dieux de l’amour ».  C’était le garçon du voyage organisé. Depuis il est mon mari.

Renaud – Les Stylos en Villégiature – 19 octobre 2016

 

103. Moi, c’est Jade.

Papa, je me demande, finalement quelles sont tes valeurs ?

D’abord tu as voulu fuir ton milieu agricole. Alors on est tous devenus bourgeois et catholiques ! Et puis hop, tu nous fais une crise de la quarantaine, amnésie et conversion collective, nous voilà tous bouddhistes et végétariens ! Mes sœurs et moi, adolescentes, on n’a rien compris. Et chaque semaine ces selfies de toi en pleine méditation sur Facebook…

Papa, je me demande, es-tu bien éveillé pour un bouddhiste ?

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 19 Octobre 2016

 

102. On m’appelle Franck.

On était au Népal

Il y a eu ce coup d’Etat

On ne savait pas

On est parti randonner

On nous a enlevé

On a pointé des armes sur nous

Ça a duré une journée

On nous a dit : « Vous n’êtes pas de la bonne religion, on ne peut pas vous tuer, vous n’allez pas vous réincarner »

On a payé

On est reparti

Jamais été aussi heureux d’être chrétien !

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 19 Octobre 2016

 

101. Mon nom, c’est Antoine.

Entreprendre…

Entreprendre à quatorze ans un voyage seul jusqu’à Berlin en stop et en bus

Entreprendre la création de sa première boite

Entreprendre un tour du monde

Entreprendre de créer une association de lutte contre le sida au Guatemala

Entreprendre de donner des cours de photos à des enfants de zones défavorisées en France

Entreprendre de partir vivre au Canada les mains dans les poches

Entreprendre un MBA pour enfin comprendre le business

Entreprendre de quitter sa copine et s’installer avec une autre

Entreprendre de lancer sa start-up à Shanghai

Entre nous, je me demande maintenant ce que je vais entreprendre !

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 19 Octobre 2016

 

100. Je m’appelle Stéphanie. Un jour, ma meilleure amie m’appelle du Sénégal en pleine dépression. Le lendemain je suis dans l’avion pour Dakar. Là-bas, je l’embarque dans une jeep, direction Toubiala, un petit village loin de tout, au bord de l’océan Atlantique, baigné de lumière, battu par le vent et le sable. Nous sommes restées le temps qu’elle se ressource. La journée je prenais des cours de sculpture. Puis quand le soleil commençait à plonger dans la mer, je partais marcher dans la poussière du village. Un soir, je vois une ombre s’approcher. Je lève la tête et je croise cet incroyable regard. Je l’ai suivi. On ne s’est plus quitté. Neuf mois après Nadia est née. Je suis donc passée de un à trois en neuf mois très exactement !

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 19 Octobre 2016

 

99. Mon nom, c’est Christine

C’est quoi un cancer ?

C’est la vie qui bascule du jour au lendemain

C’est se dire « je ne peux pas mourir, j’ai deux enfants ! ».

C’est quoi être malade ?

C’est crier au secours en silence

C’est faire fuir les autres.

C’est quoi guérir ?

C’est y croire, si tu n’y crois plus c’est la maladie qui gagne

C’est recevoir dans sa chambre d’hôpital des messages d’amis qui pensent à toi à l’autre bout du monde.

C’est quoi la vie après la maladie ?

C’est voir l’essentiel, uniquement ce qui est positif, profiter du présent et des rencontres

C’est dire « merci » à tout, surtout merci à la vie !

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 19 Octobre 2016

 

98. Je m’appelle Silvia. Je suis née au Kazakhstan de parents coréens, déracinés. Ils avaient tout perdu.  Allez, un petit cours d’histoire…

1917 Staline ferme la frontière entre la Russie et la Corée. Ma famille habitait des deux côtés de la frontière. Perdu le frère, perdu le fils.

1937 l’URSS entre en guerre contre le Japon. Staline dit à tous les coréens de la frontière : « Vous avez le choix. Soit vous partez dans les vingt-quatre heures en Asie Centrale, soit vous êtes exécutés ». Perdue la terre.

1937 arrivée de mes grands-parents au Kazakhstan, Staline dit « Niet, fini le coréen, vous parlerez tous russes à l’école ». Perdue la langue.

Aucun manuel ne raconte cette histoire. Alors moi j’ai fait ma thèse sur le sujet, et maintenant vous la connaissez !

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

97. Je m’appelle Mathilde, je suis handicapée moteur. Suite à ma naissance prématurée, les médecins, en ponctionnant du sang dans mon cerveau, ont abimé des cellules nerveuses. Depuis, je subis régulièrement toutes sortes d’opérations. On m’appareille de déambulateur, de tripode, de canne… Je suis un cobaye, au service de la science médicale. Enfin, quand je vois ce que subissent d’autres patients au centre de rééducation, je me dis qu’il y a bien pire que moi !

Leah – 19 Octobre 2016

 

96. Je m’appelle Ariel. Chez nous, on est tailleur pour hommes depuis des générations. Je me suis lancé dans le sportswear : je suis le rebelle de la famille.

Leah – 19 Octobre 2016

 

95. Je m’appelle Laurent, j’ai commencé à travailler avec mon père dès l’âge de 13 ans. Je détestais mon père. Il me terrorisait et m’en a vraiment fait baver. Je ne supportais plus son autorité alors, du jour au lendemain, j’ai tout quitté. Il fallait bien 10 000 km entre nous pour que je revive. Ça lui a fichu un bon coup dans la gueule !

Leah – 19 Octobre 2016

 

94. Je suis Jeanne. Cette année, je célèbre mes 10 ans en Chine. Entre temps, je me suis mariée et suis devenue maman ; j’ai travaillé, démissionné, étudié le chinois… Ma famille m’appelle la Chinoise. Ils n’ont pas tort au fond… Mes enfants n’ont jamais vécu en France, et l’idée de rentrer un jour m’angoisse terriblement.

Leah – 19 Octobre 2016

 

93. Je me nomme Georges. Conseil en stratégie, conseil en management, conseil en tout genre… J’ai travaillé pour les plus grands groupes de ce monde. Actuellement à la tête de la région Asie-Pacifique pour une grosse multinationale, je jongle. Je jongle entre les fusions, acquisitions, restructurations… En général, ça n’est pas bon signe, les mots en “-ion”.

Leah – 19 Octobre 2016

 

92. Je m’appelle Henri. A 42 ans j’ai habité sur 4 continents, dans 16 pays différents. Je suis drogué au changement. Je cours après ma dose sans répit. Mon flash à moi, c’est l’instant Zéro, ce point de bascule où il faut tout recommencer. A chaque fois, j’invente une nouvelle facette de ma personnalité. Je n’arrive pas à m’arrêter.

Leah – 19 Octobre 2016

 

91. Je m’appelle Charlotte, j’ai travaillé comme une folle dans l’espoir de décrocher une promotion. Lors d’une soirée, j’ai présenté une amie à mon patron. C’est elle qui a décroché le poste que je convoitais tant. Quelle ingratitude! Des années de bons et loyaux services pourquoi ? Pour rien ! J’ai menacé de quitter la société. Personne ne m’a retenue…

Leah – 19 Octobre 2016

 

90. Je m’appelais Brigitte. La cuisine était ma grande passion, la Chine nôtre première expatriation. Soudain, ma vie a basculé : quand on est arrivé ici tout s’est arrêté. Je ne savais plus lire, ni parler. Pire encore, je ne pouvais plus cuisiner. Je mourais à petit feu…

Leah – 19 Octobre 2016

 

89. Je me nomme Julia. Lorsqu’on m’a diagnostiqué un cancer, j’ai tout de suite pensé “ça ne peut pas m’arriver, j’ai deux enfants”. Comme si le fait d’avoir des enfants était un remède contre la mort…

Leah – 19 Octobre 2016

 

88. Je suis Julia. Hospitalisée pour un cancer, j’ai passé de longs mois à l’hôpital de la Madeleine. J’y ai découvert le vrai sens du mot “patient”. Je n’ai pas compté le nombre de fois où l’infirmière oubliait d’activer la sonnette. Je n’avais pas assez de voix pour crier au secours. Alors en souffrance, je patientais.

Leah – 19 Octobre 2016

 

87. Appelez-moi Sébastien. Adolescent, j’hésitais entre trois métiers : acteur, barman et conseiller financier. Le premier me donna de l’assurance, le second, du succès auprès des femmes, le troisième, de l’argent. Je vous laisse deviner celui que j’ai préféré.

Louise – 19 Octobre 2016

 

86. Moi c’est Seb. J’kiffe la booze et les meufs. Un soir dans un bar, y en a une trop bonne – de meuf, j’veux dire. J’peux pas résister, faut que je la lève. Alors je m’approche et j’lui dit : « c’est ton jour de chance, mademoiselle. J’toffre un verre ? ». Et là elle m’allume : « j’peux pas coucher avec toi ce soir, demain peut-être ? ». Puis elle me laisse son tel et elle se barre. Et moi, j’reste là, planté comme un con.

Louise – 19 Octobre 2016

 

85. Je m’appelle Béatrice. Rester en Chine me déprime. Rentrer France me fait peur. Je rêve….de Barcelone ! Rien de tel que rouler les « r » pour combattre Alzheimer.

Louise – 19 Octobre 2016

 

84. Je m’appelle Jean-Claude. Après leur divorce, mes parents se repassaient ma personne comme un plat dont ils ne voulaient plus. Indigestion ? Dégout? Allergie?

Louise – 19 Octobre 2016

 

83. Je m’appelle Félicité. Je suis une enfant abandonnée. Ma mère m’a laissée à la porte d’un orphelinat dans une province rurale du Zhejiang alors que j’étais bébé. Elle s’est défait de moi, son deuxième enfant, pour me donner la chance d’une autre vie. Un couple de Français m’a choisie. Moi aujourd’hui, je modèle des figurines d’argile, des jolies petites formes que je cuis et émaille de couleurs vives. Puis, une fois qu’elles sont terminées, je les donne.

Alia – 19 Octobre 2016

 

82. Je m’appelle Jean Luc. J’ai trompé ma femme. Je l’ai quittée puis je suis revenu et un jour, j’ai confessé mon infidélité. Mon mensonge l’a blessée. Mon aveu l’a mise à la torture. Elle voulait comprendre et tout connaître dans les moindres détails. Elle m’a questionné sans répit, Quand, comment, et pourquoi ? Tout était brouillé dans ma tête et peut-être qu’au fond que je n’ai jamais su pourquoi je l’avais trahie. Alors, je suis reparti.

Alia – 19 Octobre 2016

 

81. Je m’appelle Zoé. Mon mari et moi avons trente ans d’écart. Trente années que je ne remarque pas mais que lui me manque pas de rappeler. Il m’a prévenue : aux premiers signes de faiblesse, il divorcera.

Alia – 19 Octobre 2016

 

80. Je m’appelle Hélène. Je montais à cheval quand j’étais enfant. Je me souviens d’une cavalière. Elle était sourde. Sa voix était bizarre et disgracieuse. Ses yeux scrutaient mon visage et lisaient sur mes lèvres. Cette femme me fascinait. J’ai voulu pénétrer ce mystère. Elle m’a enseigné le langage des signes. Cette rencontre a révélé ma vocation. Je suis devenue orthophoniste et je travaille avec les sourds. Trouver la meilleure manière de communiquer avec chacun est la grande affaire de ma vie.

Alia – 19 Octobre 2016

 

79. Je m’appelle Jérôme. Ce que j’aime dans la vie, c’est rencontrer des nouvelles têtes. J’aime débarquer dans une soirée où je ne connais personne, me planter devant un inconnu et dire : « Salut, qui es-tu ? ». Je suis coiffeur et à bien des égards je me vois comme une sorte de chasseur de têtes, de têtes à coiffer bien entendu.

Alia – 19 Octobre 2016

 

78. Je m’appelle Florence. Je me suis mariée très jeune par conformisme plus que par amour. Je n’étais pas amoureuse. Mon mari me battait. Quand c’est arrivé, je m’en suis ouverte à ma belle-mère. Elle m’a dit : « tu t’y feras ». Le pire c’est que je l’ai crue. J’ai mis vingt ans à me décider à m’enfuir. Dans mon village toute de monde savait et se taisait. Mon mari partait à ma recherche avec sa carabine. On l’a retrouvé mort, entouré de cadavres de bouteilles, tout seul. Ce fut un moment terrible pour mes enfants.

Alia – 19 Octobre 2016

 

77. Je me nomme Yves. Il y a quinze ans j’ai visité une aciérie non loin de Nairobi. Sur le trajet du retour, j’aperçois sur le bas-côté de la route un attroupement de Massai visiblement très agités. Je descends de voiture et le groupe se disperse dans la nature. Des pneus étaient entassés au milieu du terrain vague. A l’intérieur, trois prisonniers que les Massai s’apprêtaient à brûler vifs… Je les ai sauvés par hasard… Ce jour-là, j’ai pris conscience de la fragilité de la vie. La mort n’est pas un accident en Afrique. Elle est présente partout et à chaque instant.

KL – 19 Octobre 2016

 

76. Je m’appelle Amandine. Quand mon mari a été muté en Chine il y a quatre ans, j’ai lâché mon travail et je l’ai suivi pour venir accoucher ici de notre deuxième enfant. J’arrivais confiante et sereine. Mais nouvelle ville, nouvelle maison, nouveau statut social, nouvel enfant… J’ai vite été dépassée par les événements. Ma mère est accourue pour me donner un coup de main et m’a dit : “Ma fille, il est temps que tu deviennes une vraie maîtresse de maison et que je t’apprenne à faire une béchamel”.

KL – 19 Octobre 2016

 

75. Je m’appelle Suzanne et ma mère n’a jamais compris pourquoi j’avais décidé de venir faire ma vie à l’autre bout du monde. Lorsque j’ai célébré mes 10 ans d’installation en Chine elle m’a gratifié d’un “ça y est, tu es fichue”.

KL – 19 Octobre 2016

 

74. Je m’appelle Olivier. Dans la vie j’aime planifier, organiser et tout sécuriser. Mais le jour où ma femme m’a quitté et que je me suis retrouvé seul dans l’appartement vide, le dernier carton parti…je me suis dit que je n’avais pas prévu de plan B.

KL – 19 Octobre 2016

 

73. Je m’appelle Giulia. Je me souviens de l’arrivé de cette fille, il y a 30 ans, coup de soleil dans un Club Med du sud de l’Italie. Elle était belle comme un coup de foudre. Ensemble, on a fait les pires bêtises, découcher, mentir aux parents… Aujourd’hui encore je lâcherai tout sans hésiter pour elle.

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

72. Je m’appelle Erwan. Ce soir-là j’arrive en retard à un gala. Portes massives ouvertes sur une centaine de tables pleines de convives. Je suis gêné dans mon imper trempé, je rougis car tout le monde me regarde. On me signale ma table et je me faufile entre les rangs. Tandis que je m’assois le plus discrètement possible, une inconnue m’apostrophe d’un air courroucé : « Tu es en retard ! ». Elle est devenue ma femme.

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

71. Je m’appelle Willem. J’ai vécu quatre ans en Afrique, près d’un lac. Régulièrement, des corps de noyés étaient repêchés. Au début, c’est choquant, et puis, on s’habitue. Ensuite j’ai habité en Suisse. Vous parlez d’un contraste ! Tout est aseptisé, ordonné, solennel. Ma femme en a fait une dépression !

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

70. Je m’appelle Claude. Je suis fier d’avoir su garder les mêmes collaborateurs dans mon équipe pendant des années. Par contre nous n’allons jamais prendre un pot ensemble après le travail. On ne plaisante pas non plus au bureau. Mais j’aimerais TELLEMENT être un patron boute-en-train !

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

69. Je m’appelle Laure. J’avais 13 ans quand ma mère est morte d’un cancer. Vingt ans plus tard ma fille est décédée, d’un cancer elle aussi. L’année dernière, c’est mon frère qui a perdu ce combat face au crabe. Autour de moi, les gens succombent et je reste debout au milieu du champ de bataille. Pendant longtemps, quand on me demandait ce que je faisais dans la vie, la seule réponse qui me venait à l’esprit c’était : Je survis à mes morts.

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

68. Je m’appelle Alena. Je me souviens, quand ma mère est tombée malade, j’avais 20 ans et je vivais loin d’elle. Pour me protéger, mon père a tu l’indicible, et m’a caché que la maladie était incurable. Je ne suis pas rentrée, et ma mère a été emportée en quelques mois. Le choc de sa mort, prématurée et rapide, le mensonge de mon père, ont creusé un trou dans mon cœur. La vie n’a plus la même saveur.

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

67. Je m’appelle Alena. En 1917, j’ai quitté la Russie à la révolution. J’ai pris le transsibérien avec ma famille et tout ce que nous pouvions emporter avec nous : argenterie, bijoux, vêtements. Nous sommes restés quelques mois à Shanghai dans la concession française, avant de rejoindre Harbin, puis Marseille. Cet exil aura duré deux ans. Je n’ai jamais parlé de ma vie à Shanghai à ma petite fille, mais je veille sur elle lorsqu’elle arpente les rues que j’ai connues 100 ans plus tôt.

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

66. Je m’appelle Aléna. Pour moi la famille c’est la transmission. Je porte le nom de ma grand-mère russe, ma fille aînée porte le nom de ma mère, décédée avant sa naissance. Ma deuxième fille porte le deuxième prénom de ma grand-mère. Je travaille comme mes grands-parents dans la maroquinerie. Aujourd‘hui, je vis dans l’ancienne concession française, où ma grand-mère vivait il y a cent ans. Tout est cyclique, tout recommence.

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

65. Je m’appelle Brigitte. Il y a un an, on m’a diagnostiqué un cancer. La première chose que je me suis dite, c’est : ça ne peut pas m’arriver, j’ai deux enfants ! Alors je me suis battue. Opération, greffes de peau, radiothérapie. J’étais peu à peu dépossédée de mon corps, rendu fragile, fébrile. J’étais très entourée et paradoxalement très isolée car dans ce combat que je menais j’étais face à mon propre corps. Quand on loue mon courage, je réponds : je ne peux pas laisser tomber.

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

64. Je m’appelle Brigitte. Le cancer c’est mortel. En un instant, la vie bascule. Après l’opération, le médecin m’a annoncé que les cinq premiers jours étaient critiques. J’ai failli mourir ! Mais j’ai survécu. Si d’ici 5 ans, le cancer ne revient pas, je serais considérée comme guérie. Pour l’instant, je suis en sursis. Et tous les jours je dis merci pour ce temps de vie additionnel. Pourtant je regrette de ne pas avoir compris plus tôt que la vie est si précieuse, et qu’il faut arrêter de se plaindre des faux problèmes, merde !

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

63. Je m’appelle Cécile. Paris, un feu rouge, un flash. Je dis à mon conjoint : on va partir à l’étranger. Il ne m’a pas crue. Le jour de la Sainte Cécile, il m’appelle, et me demande : Shanghai, ça te dit ? J’ai dit oui !

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

62. Je m’appelle Cécile. Mon propriétaire s’inquiète pour moi : un jour qu’il me rendait visite, j’avais des bleus après un massage musclé. Il a cru que mon mari me battait. Une autre fois, mon mari hurlait au téléphone, il a cru que c’était moi qui prenais. J’ai beau lui expliquer, il n’est toujours pas rassuré !

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

61. Je m’appelle Cécile. Je me souviens, en 1981, premier voyage en Chine. J’avais 5 ans, une robe blanche à carreaux. Le train pour Hangzhou, les Chinois souriants, je les ai aimés tout de suite. J’ai dit à mon père : Je vais épouser un Chinois ! 30 ans plus tard, j’ai épousé un Français mais je vis en Chine, et je crois que je préfère ça !

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

60. Je m’appelle Cécile. Ma petite voix intérieure, je l’écoute. Avant le bac, elle me disait : révise ce texte de Stefan Zweig, et je suis tombée dessus .Plus tard, avec mon mari français, elle m’a soufflé : pars à l’étranger. C’était la Chine. Parfois, elle me souffle qu’une personne est souffrante ou qu’elle va mourir. C’est exténuant émotionnellement. Mon don, je ne sais pas trop quoi en faire, mais j’aimerais qu’il serve à aider les gens.

Gaëlle D. – 19 Octobre 2016

 

59. Je m’appelle Gary. Avant j’étais gris. Gris dedans. Gris dehors. J’étais auditeur à la Défense. Je portais un costume bien repassé, j’avais des collègues et pas grand-chose à leur dire autour de la machine à café. Un jour, je suis parti, j’ai mis les bouts et tout quitté pour m’enterrer dans un village paumé, sans eau ni électricité. Je n’ai toujours pas beaucoup d’anecdotes à raconter.

G.F. – 19 Octobre 2016

 

58. Je m’appelle Alain. Moi, je n’aime pas l’amour. En fait, c’est surtout le chagrin que je n’aime pas : ces années à attendre en vain le retour de l’être aimé. Bien sûr, je regrette d’être toujours célibataire mais va savoir, je ne veux plus jamais tomber amoureux.

G.F. – 19 Octobre 2016

 

57. Mon nom est Emmanuel, j’ai connu le désert d’Arabie en 1976. La température dépassait les 45 degrés. Et ce silence…. Total, absolu. La seule voix que j’entendais était la mienne.

G.F. – 19 Octobre 2016

 

56. On me nomme Patrick. Un vendredi soir, après une longue semaine de travail, mon chef est venu me trouver et m’a obligé à ranger le bureau de fond en comble. Des auditeurs devaient arriver le lendemain matin et tout devait être en ordre. Je me suis senti humilié. J’ai piqué une de ces colères ! Mes collègues me regardaient en silence, choqués. Le week-end qui a suivi cet esclandre, j’ai été très angoissé, persuadé qu’on allait me virer. En fait, personne n’a plus jamais fait allusion à cet incident. On exagère tout.

G.F. – 19 Octobre 2016

 

55. On me nomme Martina. Je suis l’assistante d’un artiste célèbre. C’est un furieux, toujours en ébullition. C’est mon premier job. Je suis à sa disposition, Je l’appelle Maestro. Il m’a choisi après vingt minutes d’entretien. Il cherchait quelqu’un de jeune, une terre vierge à modeler. Parfois il me complimente et je me sens comme une étoile dans le ciel. Parfois ses critiques me jettent plus bas que terre. J’adore mon travail.

G.F. – 19 Octobre 2016

 

54. Mon nom c’est Barbara

C’est quoi la vie à Shanghai ?

C’est rire et pleurer une fois par jour.

C’est quoi l’aventure ?

C’est se perdre et s’oublier.

C’est quoi un étranger ?

C’est l’opposé de moi.

C’est quoi un coup de foudre ?

C’est incroyable.

C’est quoi être une femme en Chine ?

C’est tisser une toile de vie

C’est quoi être une mère ?

C’est le fil du temps qui passe.

C’est quoi trouver sa place ?

C’est un soulagement.

C’est quoi l’exotisme ?

C’est un désir d’ailleurs.

C’est quoi les émotions ?

C’est le retour à l’enfance.

Ecriture collective – Les Stylos en Villégiature – 12 Octobre 2016

 

53. Mon nom c’est Sébastien

On va pas en faire une histoire mais…

Il était une fois MOI

Il était une fois le départ de mon frère

Il était une fois un accident sur une route déserte d’Australie

Il était une fois une femme sublime assise au comptoir d’un bar

Il était une fois un jeune homme qui a tout quitté pour un coup de foudre.

Ecriture collective – Les Stylos en Villégiature – 12 Octobre 2016

 

52. Moi, c’est Laura.

Ma vie est faite de bulles entre lesquelles je vagabonde.

Il y a ma famille,

Il y a mes amis,

Il y a ma famille adoptive,

Il y a mes collègues.

Il y a l’Italie, la France, le Vietnam,

Il y a le Japon, l’Inde

Il y a la Chine,

Il y a l’Amérique.

Il y a les encouragements inconditionnels,

Il y a les liens indéfectibles,

Il y a l’accueil généreux,

Il y a l’exigence.

Les plus belles choses se sont produites entre-deux, un entre-deux bulles.

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 12 octobre 2016

 

51. Lise, c’est mon nom.

Perdre une mère

Perdre un enfant

S’enfermer

Larguer les amarres pour reprendre pied

Perdre un frère

Pleurer encore

S’isoler

Recommencer

Rencontrer de nouveaux visages

Raconter

Faire semblant

Proposer

Redevenir une femme « sociale »

Mener un projet

S’apaiser

S’affirmer de nouveau

Finalement aider les autres

Maintenant reconstruite

Rentrer au port.

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 12 octobre 2016

 

50. Je suis Violette, une mère gaga et terrible à la fois. Je n’ai jamais imaginé qu’on puisse autant aimer ses enfants ! Quelle fusion la mère et son enfant ! Même mon troisième, il a fallu me l’arracher du sein. Ils sont encore un peu dans mon ventre tous les trois. J’ai compris l’expression « la chair de ma chair ». Devenir mère au foyer, ça a été un émerveillement. Et pourtant, j’ai été terrible avec ma fille ainée. Malgré mon expérience avec mon père !  Mon père a toujours eu des idées très claires sur ce que je dois faire de ma vie. Après polytechnique, j’aurais dû consacrer ma vie au travail. « Trois enfants, mais quel gâchis » ! Ça me rend malade de repenser à ce que j’ai infligé à mon ainée.

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 12 octobre 201

 

49. Je m’appelle Marie-Antoinette. Je suis congolaise et mon plat préféré, c’est le cassoulet. Je suis la plus française des congolaises !  Mon parrain et ma marraine étaient des expatriés français au Congo. Ce sont eux qui m’ont élevée. À une heure de vol de ma famille, ils m’ont scolarisée au lycée français. On était trois noirs dans cette école. J’ai appris les règles de bonne conduite françaises avec eux. Mes parents étaient de mèche. Mon père adore la France. Il me traitait comme une française quand je rentrais à la maison : j’étais la seule de mes onze frères et sœurs à être admise à sa table. Je suis partie en France pour faire mes études. Et puis quelques années plus tard, mon mari nous a installés là-bas. Alors oui, je suis la plus française des congolaises !

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 12 octobre 201

 

48. Moi, c’est Mathilde.

Ça fait dix ans

Dix ans que je suis ici

Ici parce que tout est possible ici

Ici parce qu’il y a tous mes amis

Mes amis qui m’aident à avancer pas à pas.

Ça fait deux ans

Deux ans qu’il est parti

Parti pour une autre

Une autre que moi

Et moi, je ne comprends toujours pas.

Et voilà !

Je m’apprête à tourner la page

Le divorce est prononcé

La thérapie a commencé

Mon premier roman est publié.

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 12 octobre 2016

 

47. Je m’appelle Vincent. J’étais un gros lourd, du genre à remporter le baiser d’une fille en soirée comme on remporte un trophée et à m’en vanter auprès de mes potes. Un soir, la fille était tellement belle ! Une fille en bleu. Je n’ai pas su lui voler le baiser. J’ai difficilement et en tremblotant réussi à lui prendre son 06. Et on s’est revu. On ne s’est plus quitté. Elle m’a mise dans sa valise pour Shanghai et je me suis laissé faire.

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 12 octobre 2016

 

46. Je m’appelle Sacha

Un jour je suis partie pour un pays lointain

Shanghai mon rêve urbain

Sans me retourner jusqu’au bout du monde

J’ai l’âme vagabonde

Et quand je reviendrai des rêves plein la tête

Ivre de voyage comme le poète

Je dessinerai sur une grande feuille bleue

Une ligne. Celle de tes yeux.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 12 Octobre 2016

 

45. Moi c’est Olga, j’aime peindre.

Pour faire le portrait de Shanghai

Prendre une toile

Une grande toile pour faire rentrer toute la ville

Peindre d’abord les tours

Des flèches noyées dans une écume grise

Gris mousseline

Gris nicotine

Une grisaille de ville

Quand le ciel bas et lourd

Pleure Baudelaire et Brel.

Au pied des tours

Peindre une bande gris souris

Pour le fleuve

Faire des tâches

Pour les bateaux-limaces et les bateaux-coccinelles.

Ne pas oublier de tracer

Un labyrinthe de lacets

Qui serpentent entre les tours

De pierre

De verre

D’acier.

Quand sur la toile les barres et les lignes

Se confondent et se fondent dans les nuances de gris

Tricoter au pinceau

Des mailles de couleurs

Pour la fourmilière humaine qui grouille

Entre les plis de la ville.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 12 Octobre 2016

 

44. Mon nom c’est Helena. S’il n’y avait pas eu le divorce. Quand je me suis tapée un premier cancer. Si ma sœur ne s’était pas laissée mourir d’une tumeur. Quand j’ai combattu pour survivre à mon deuxième cancer. Si la passion avait duré entre nous. Quand il a décidé de se suicider. Si je n’avais pas plongé en dépression. Quand j’ai été hospitalisée. Si ma vie est clouée par le malheur. Quand j’ai appris la résilience et le bonheur aussi.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 12 Octobre 2016

 

43. Moi c’est Louisa. Ma vie racontée en quatre lettres…

A comme abandon, parce qu’elle m’a abandonnée ma mère

C comme Congo, parce que je suis née au Congo

H comme Harlequin, parce que les livres Harlequin c’était mon évasion, mon refuge, mon Valium

P comme polygamie, parce que mon père a eu trois femmes.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 12 Octobre 2016

 

42. Je suis Louise. Voila ce que je viens de poster sur “Bonjour Shanghai” : Jeune femme, 30 ans, orthophoniste et marrante, vivant à Shanghai après années sur iles lointaines, parlant plusieurs langues, même la langue des signes ! Cherche amour qui appréciera chez elle son goût pour l’aventure et les sorties, son humour, sa liberté, sa passion pour son métier. Casaniers et machistes s’abstenir

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

41. Moi, c’est Sybille.

Je ne comprends pas. Il m’a laissée comme ça, après dix ans.

Je ne comprends pas. Il part, il revient tous les ans.

Je ne comprends pas. Il parle d’une fille, puis d’une autre, et finalement c’est la même.

Je ne comprends pas. Il m’aimait moi, il voulait être père mais il ne m’aime plus mère.

Je ne comprends pas. Je suis en colère.

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

40. Je m’appelle Anne. Toutes les deux semaines, il m’arrive un drame. Un drame ridicule, un drame snob, un acte normal mais qui me plonge dans l’envie folle d’hiberner : le frigidaire est vide et je dois affronter les allées, les caddies, les camelots et les masses de produits chez Carrefour !

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

39. Moi, c’est Lina.

Shanghai, que vais-je faire de toi ?

Bogota, c’est chez moi, c’est la famille, c’est l’enfance.

Clermont-Ferrand, c’est un port d’attache, la ville de mon grand amour.

Bangkok, c’est ma révélation. En moi la féministe, en moi la créatrice !

Shanghai, je te découvre si vaste, inaccessible, si sombre !

Shanghai, que vais-je faire de toi ?

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

38. Je m’appelle Rose,

J’ai envie de changement.

Ras le bol du réveil à 6h35. Se rapprocher de l’école serait bien.

J’ai envie de changement.

Ras le bol des enfants, de leurs copains dans les pattes. Avoir une pièce de plus serait bien.

J’ai envie de changement.

Ras le bol des farewells, tous les copains sont partis. Fêter notre départ aussi serait bien.

J’ai envie de changement.

Ras le bol du bruit permanent, vivre au calme serait bien.

J’ai envie de changement.

Ras le bol des mommies qui papotent avec leurs accents si parfaits sur le bord du terrain de foot de la Dulwich. Faire une croix sur l’anglais serait bien.

J’ai envie de changement.

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

37. Je m’appelle Sabine.

J’ai une famille.

Je n’ai pas d’amis ici.

Je n’ai plus de travail.

Je n’ai jamais eu le rêve d’être une femme au foyer.

J’ai eu parfois envie de tout plaquer.

J’ai eu souvent des regrets d’avoir dit oui à Shanghai.

J’aurais encore l’envie de partir.

Aurais-je enfin la patience ?

Anne Fostier – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

36. Je m’appelle Maria. Je suis née au Venezuela de parents franco-belges et j’ai grandi au Brésil. Je me souviens du carrelage aux motifs bleus sur les murs de la maison près de Manaus. Je me souviens des araignées dans la salle de bain, des serpents dans la piscine. Je me souviens du ciel bleu, du ciel rouge au coucher du soleil.  Je me souviens du silence de la nuit noire, de la voie lactée. Quatre ans maintenant que je suis à Shanghai, enfermée dans une tour de trente-cinq étages, plongée dans le brouillard jaune, le ciel gris. Alors le soir, quand je rentre chez moi je m’enferme sur mon balcon avec mon oiseau qui parle. Oui, elle parle, elle parle très bien français même. Elle me dit « On va boire, on va manger » puis elle s’endort en même temps que le soleil.

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

35. Je m’appelle Linda. Avant, j’étais une artiste très timide, limite dépressive. Mes parents disaient : “Tu ne réussiras jamais. Il te faut un mari riche, c’est tout”. Maintenant Shanghai. Ça fait 4 ans. La ville, la foule, la circulation, le bruit. La Chine, une leçon de vie. Travailler, batailler, survivre, s’endurcir, c’est la guerre. Peu de sommeil, pas de vacances. Au boulot pleins d’arnaques, de licenciements, et de rebondissements. Et puis finalement une carrière fulgurante, des responsabilités, un salaire qui explose. J’adore ça. Je suis fière de moi. Mes parents aussi. Mais toi, où es-tu dans tout ça ? Dis-moi. Le boulot, les projets, l’église, la salsa, les copains, les sorties, le sexe parfois… On ne dirait pas, mais je me sens tellement seule malgré tout. J’aimerais te rencontrer, avec toi me poser.

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

34. Je m’appelle Vera.

2012, installation à Shanghai, trottoirs de la concession française. Ma tête tourne, une présence, celle d’Olga. Ma grand-mère. Mes pas se posent dans les siens…

1917 Olga a 8 ans. Révolution russe. Peur. Fuite. St-Pétersbourg-Shanghai, onze jours de train. Argenteries, bijoux et vêtements dans des malles. Elevée comme une princesse dans un château russe, réfugiée dans une petite maison de Shanghai. Olga m’a beaucoup raconté la Russie, jamais la Chine. Je comprends la blessure.

2016 Shanghai, mes pas se posent toujours dans les siens. Olga, une partie de moi.

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

33. Je m’appelle Pauline et je suis dépendante. C’est plus fort que moi, voilà, j’aime allaiter. J’aime le contact de ma fille contre mon sein, j’aime la douceur de sa joue rose contre ma peau, j’aime ses inspirations et ses claquements de langues quand elle tête. Le jour où j’ai dû reprendre le boulot, il a fallu me l’arracher du sein. Je n’y arrivais pas. On m’a dit ” C’est qui la mère ? C’est qui la fille ?”.  Là, j’ai tendu le biberon à ma fille, elle m’a regardé, elle l’a saisi… et n’a plus jamais voulu de mon sein.

 Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

32. Je m’appelle Simon.

S comme Shanghai où j’ai débarqué il y a 18 mois en plein nouvel an chinois, en plein décalage horaire, en plein brouillard, en plein pic de pollution.

I comme intolérant. Je l’étais avant, je me soigne maintenant. Je lis le Tao, j’apprends comme le font les chinois à ne jamais dire non.

M comme montée. Cette montée dans l’avion à hélices que je ne veux plus jamais revivre. Par contre, ce saut de 3000 mètres en chute libre, waooo !

O comme optimiste. Avant j’avais peur, j’étais introverti. Un jour j’ai décidé de faire confiance, faire confiance à la vie, faire confiance aux gens.

N comme navette spatiale. J’ai 42 ans et je m’ennuie, je suis blasé par la vie. Mais si on me parle de navette spatiale alors là, je saute sur ma chaise, je redeviens gamin. Allez, si on allait explorer Pluton ?

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

31. Je m’appelle Valérie.

Je me souviens d’Avignon. Je me souviens du ciel bleu, des tuiles rouges, du mistral.

Je me souviens de la chambre de Marie, ma petite sœur, le jour où elle est née. Je me souviens du lit blanc à barreaux le matin avant que mes parents reviennent avec elle de la maternité.

Je me souviens de son petit cartable lors de sa rentrée en maternelle, de nos cabanes dans l’herbe chez la nourrice.

Je me souviens, vingt ans plus tard du retour sur le quai de la gare du village. Je me souviens d’y avoir vu mon père pleurer pour la première fois. Je me souviens de la douleur énorme, affreuse… et des sanglots de ma mère.

Marie, pourquoi étais-tu dans cette voiture ce jour-là ?

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

30. Je m’appelle Marguerite. Je voudrais tant comprendre pourquoi j’ai eu tant de mères mais aucune maman. Je suis née au Congo, à Brazzaville, dans une grande famille avec onze enfants de trois mères différentes. Mais j’ai été enlevée et élevée en France par ma marraine. Elle ne pouvait pas avoir d’enfants alors elle s’emparait des bébés de ses copines. Je me vois à cinq ans sur le tarmac, je portais une petite robe bleue à poix et je refusais de monter dans l’avion avec elle. Ma marraine était méchante, autoritaire, jalouse. Elle m’a encore plus amochée que ma mère. Pour survivre, je me suis forgée une carapace et je me suis réfugiée dans les romans à l’eau de rose.

Clémentine T – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

29. Je m’appelle Véronique.

Ahhh…je me souviens de cette cassolette de petit gris, une exposition de saveurs entre la truffe et l’artichaut, je l’ai rebaptisé un artitruffe. Je me souviens de ce premier repas au restaurant, embarquée par hasard avec ma grand-mère. Féérique, étincelant, ces fleurs plus grandes que moi, j’étais Alice au Pays des Merveilles. J’avais onze ans. Cet émerveillement ne m’a jamais quitté. Depuis, je me fais offrir un repas dans un grand restaurant pour chacun de mes anniversaires.

Emilie R – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

28. Je m’appelle Julia.

Ma maman est italienne, une bonne mère italienne grande gueule. J’ai longtemps travaillé avec elle, j’ai longtemps été la fille de la patronne, on m’attendait au tournant. Il a fallu faire mes preuves, j’ai réussi. Et puis je l’ai quitté, je suis partie vers d’autres rencontres. J’ai emporté avec moi le soleil de l’Italie et la dolce vita.

Emilie R – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

27. Moi c’est Benoit.

J’avance dans ma vie, seul. Je travaille sur moi-même. Je voudrais arrêter de mettre en colère, je voudrais contrôler mon stress, je voudrais lutter contre ma nature introvertie, je voudrais gérer mes émotions, je voudrais être tolérant, je voudrais m’adapter, je voudrais être flexible, je voudrais être ouvert, je voudrais être serein, je voudrais lâcher-prise. Je voudrais…ne pas être moi.

Emilie R- Les stylos en villégiature – 5 Octobre 2016

 

26. Je m’appelle Sarah.

1989, j’attends ce train Saigon-Hanoi qui n’arrive pas. Pas d’horaires, j’attends. Il fait chaud, la gare est bondée. Et puis ce vieux chef de gare, peau burinée, casquette mitée, vieil uniforme. Il ouvre une salle d’attente fermée depuis des années. Il prend ce livre en cuir patiné par le temps. Il s’assoit face à nous et se met à réciter des poèmes de Mallarmé, pendant des heures. Il ne parle plus le français, il sait encore le lire. Il est redevenu l’enfant qui a appris le français à l’école. Et moi j’en reste bouleversée.

Emilie R – Les Stylos en Villégiature – 5 0ctobre 2016

 

25. Je suis Valentine.

C’est quoi la tristesse ?

C’est d’arriver trop tard pour la mort de sa mère.

C’est quoi la mort d’une mère ?

C’est boucler la boucle jusqu’au dernier souffle

C’est quoi le souffle d’une mère ?

C’est une vague pour la vie

C’est quoi la vie ?

C’est sentir le goût de l’huitre iodée dans sa gorge

C’est quoi les émotions ?

C’est une force, pas une faiblesse

Emilie R – Les Stylos en Villégiature – 5 0ctobre 2016

 

24. Je m’appelle Lili

Je l’ai rencontré en cours de chinois

Ce fut le coup de foudre immédiat

Finies les histoires à la con

Je lui ai appris le mot grognon

Quand je m’agace il me dit

Que tu es belle quand tu es grognon

Je pleure je ris

Finies les histoires à la con

Enfin je peux être comme je suis

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

23. Mon nom est Ondine

Un jour je partirai pour un pays lointain

Peut-être le pays d’où je viens

Sans me retourner, j’irai jusqu’au bout du monde,

Sans bagage, vagabonde

Et quand je reviendrai, des rêves plein la tête,

Comme si j’avais changé de planète

Je dessinerai sur une grande feuille bleue

Mon chemin sinueux

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

22. Moi c’est Pénélope

C’est quoi une rupture sentimentale ? C’est une petite annonce

C’est quoi un billet d’avion ? C’est la seule solution

C’est quoi une amie ? C’est une exposition à Paris

C’est quoi l’indépendance ? C’est l’ombre des arbres sur une pelouse

C’est quoi la récompense ? C’est ne plus avoir d’ancrage

C’est quoi la chance ? C’est déprimant

C’est quoi la fin ? C’est une interprétation

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

21. On m’a prénommée Céleste.

Je n’étais pas la première fille de ma famille. On m’a déposée une nuit devant l’hospice. Des trois bébés abandonnés ce jour-là, je suis la seule à avoir survécu. Le hasard ou la providence. Je portais au poignet un bracelet rouge qui m’identifiait. Ils avaient dit qu’ils ne pouvaient pas me le donner. Que je pourrais venir le chercher. Lorsque j’y suis allée, ils avaient perdu mon dossier. Plus de traces de moi ni de mon passé. Aucune trace de mon identité.

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

20. Je m’appelle Deborah

Bientôt on rentrera

On ira s’installer dans son village natal

On reprendra le café du coin dans son village natal

On fera de ce café un endroit particulier

On y mettra des gens avec leurs histoires

Et dans leurs regards

On verra la vie défiler dans ce café

la vie qui sillonne

qui papillonne

qui nous ébouriffe

qui nous chatouille

qui nous gratouille

qui nous porte

qui nous lâche

On mettra tout cela dans notre café

Lorsque l’on rentrera

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

19. Je m’appelle Leya.

Je suis née au Congo. Des six enfants de ma mère, je suis sa seule fille. Et malgré tout, elle a laissé un autre couple m’élever…moi, sa seule fille. Je n’étais pas adoptée mais confiée à mon parrain et ma marraine qui sont français.

Quand je retournais voir ma famille, j’enlevais mes vêtements français, je mettais mon pagne et je jouais pieds nus dans la rue. Mes frères et sœurs ne m’ont jamais posé de question. Dans la famille, on ne s’étend pas sur ses états d’âme.

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

18. Je me prénomme Victoire

Je n’aime pas mon prénom

Je n’aime pas vaincre

Vaincre pour quoi faire ?

Vaincre pour écraser ?

Pour la conquête ?

Je n’aime pas la conquête

La conquête de quoi ?

La conquête de qui ?

Des autres ?

Mais les autres c’est son prochain

On pourrait s’en souvenir putain !

Je me prénomme Victoire

Et je n’aime pas mon prénom

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

17. Je m’appelle Anne- Lise.

Il me courtisait depuis un an paraît-il. De manière assez peu subtile paraît-il.

Et moi je ne voyais pas. Rien. Ou peut-être que je ne voulais pas voir.

Et puis il y a eu ce voyage dans le Xinjiang,

Paysages grandioses, routes désertiques et lumières dorées

Une nuit, à la belle étoile, il me prend dans ses bras

Et là enfin je comprends…

Qu’il est pour moi

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

16. Je m’appelle Franck.

Ma volonté c’était me tirer de ma banlieue. Ne pas faire le même métier que mes parents.

Changer de milieu.

Ceux qui ont les mêmes valeurs restent ensemble.

Changer de milieu grâce à l’école.

J’étais très bon en maths.  Bac, prépa scientifique puis école d’ingénieur.

Changement de milieu.

Mélange avec des fils de médecins, d’avocats, de banquiers…Choc culturel.

Au début on hésite. Au fil des années on s’y fait.

Des amis de mon enfance, je ne connais plus personne.

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

15. Mon nom est Sébastien.

C’est une femme qui m’a fait venir à Shanghai. C’était un soir de match de foot américain. J’étais allé le voir dans un bar avec des copains. Lorsque je suis arrivé, j’ai fait comme d’habitude, j’ai scanné toutes les filles, toujours prêt pour une aventure d’un soir. Et puis mes yeux se sont arrêtés brusquement sur une nana. Pas la plus belle, mais pour moi elle était magnifique. Toute la soirée j’allais chercher les bières au comptoir juste pour passer près d’elle, mais j’avais pas les couilles de l’aborder. C’est au moment où elle allait partir que je me suis lancé :‘I wanted to have a drink with you’ je lui ai dit. Elle a répondu en riant : “You mean you want to have sex with me ? Elle m’a laissé son numéro de telephone.

Et depuis ? Depuis, nous vivons ensemble à Shanghai.

Esperanza – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

14. Je suis Maxime

Je trouve que les Chinois sont racistes. Racistes vis à vis des noirs, des arabes, des italiens…

Ils jugent les gens sur leurs origines sans rien connaître de leur passé, de leur histoire.

Du pur racisme ! Si je pense que tous les Chinois sont comme ça ? Oui !

Renaud – Les Styles en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

13. Je m’appelle Marianne,

Ma vie a basculé, hier chez le médecin un peu avant midi

Je croyais, naïvement, qu’avoir deux enfants me mettait à l’abri

Mais j’appris ce jour-là, que l’on est tous égaux face à la maladie

Commence un long chemin, de combat, de souffrance

Guérir est avant tout un chemin de patience

C’est un corps mutilé, amputé, asphyxié

Ce sont des heures passées à contempler la mort

C’est des amis perdus, des amis retrouvés

Une fois vaincu cette mort, tant de choses ont changés

Je pose sur le monde un regard apaisé

Et c’est finalement au prix de cette souffrance

Que j’ai pu accéder à une renaissance

Je veux que mon histoire paraisse à tous joyeuse

Car quand on est en vie, on n’est pas malheureuse.

Renaud – Les Styles en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

12. Je m’appelle Margaux,

Je n’aime pas l’agitation des villes, j’aime le cocon de ma maison

J’aime pleurer et j’aime faire pleurer

Je déteste ce monde froid qui me glace, moi je suis sentimentale

J’aime l’iode, la mer, j’aime le gout iodé des huitres, un jour il m’a sauvé la vie.

Renaud – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

11. Je m’appelle Azire,

J’aime ce qui est beau, raffiné. C’est quoi le bonheur ? C’est le bruit soyeux des ciseaux qui coupe le tissu. Quand on coupe, il faut être précis, concentré. Moi j’ai coupé les ponts avec ma famille, ils étaient devenus intégristes. On ne choisit pas sa famille, n’est ce pas ?

Renaud – Les Styles en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

10. Moi c’est Marie-Anne,

Vous n’avez jamais voulu remonter le temps ? Pour voir comment c’était avant ?

Oui, avant :

–          quand Pékin était une ville chinoise

–          quand les vietnamiens parlaient français

–          quand en France, on enfermait les filles dans des écoles

Tout ça je l’ai vu, mais après.

J’aurais voulu savoir si c’était mieux avant, mais je suis arrivé après.

Renaud – Les Styles en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

9. Je m’appelle Karim

Un jour je partirai pour un pays lointain

Laissant femme et enfant, j’irai seul en chemin

Et sans me retourner, j’irai au bout du monde

Pour aller, libre, enfin, glisser au fil de l’onde

Et quand je reviendrai des rêves pleins la tête

Mais personne avec qui partager mes conquêtes

Je dessinerai sur une grande feuille bleue

Le vide que l’on ressent quand on est malheureux.

Renaud – Les Styles en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

8. Je m’appelle Camille.

Depuis douze ans je tricote ma vie avec ma passion pour Shanghai.

S comme Sensibilité, parce qu’il existe des sensibilités innées de continent, l’Asie me fait vibrer.

H comme harmonie, parce que je vis en harmonie avec la nature, j’ai une passion pour les fleurs, je passe des heures à confectionner des bouquets.

A comme aimer, parce que j’aime cette ville, la ville des possibles, j’ai eu plusieurs vies ici.

N comme Nomade parce que je voulais faire du voyage une vie.

G comme Gâchis, parce que sans émotion, la vie ne vaut pas d’être vécue.

H comme Histoire, parce que mon histoire de vie est riche d’amour.

A comme Absence, parce qu’on ne se relève jamais d’arriver trop tard, il fallait être là pour son dernier souffle.

I comme “Instantanés de vies à Shanghai” parce qu’il fallait raconter les émotions et les rencontres.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

7. Je m’appelle Marc. Il y a eu ce déplacement professionnel en Israël, puis en Palestine à la rencontre de chefs d’entreprises. Par hasard je croise le Président de Coca-Cola. Dix minutes plus tard on m’annonce que je vais rencontrer Yasser Arafat ! On m’explique l’étiquette, accolade, photo. De retour en Israël je passe le check point et la zone militarisée avec ses images incroyables, Yasser Arafat et moi, j’étais mort de peur !

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

6. Je m’appelle Nadia

On a signé pour trois ans. Trois ans dans la peau de Desperate Housewife, je ne sais pas si je vais tenir le coup ! Peut-être que je deviendrais alcoolique mondaine, j’aurais un amant pour me divertir, et je serais First Lady ou RP de mon mari.

Et puis j’ai le choix pour remplir le vide, “profiter de la vie, explorer mes passions” comme elles disent…Couture, fitness, calligraphie, Qi Qong, Majong, peinture, cours de chinois, cours de cuisine, cours de poterie, flamenco, photographie, massage, flâneries culturelles, conférences…et aussi les petits déjeuners, les brunchs, les lunchs, les cafés, les apéritifs, les cocktails, les diners, les afters…

Mais moi je ne sais rien faire d’autre que travailler.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

5. Je m’appelle Anne.

J’ai vécu mon adolescence à la Maison d’Education de la Légion d’Honneur.

Je me souviens du pensionnat, seulement des filles.

Je me souviens des dortoirs immenses, des lits de caserne.

Je me souviens de la messe le dimanche à la Basilique Saint-Denis.

Je me souviens le 21 janvier de la commémoration de la mort de Louis XVI, des royalistes et des brassards noirs.

Je me souviens des uniformes, toujours les mêmes depuis Napoléon. Des grandes robes en serge à mi-mollet, des chaussettes marron, des collerettes, des manteaux bleu marine.

Je me souviens des révérences, des médailles de conduite, des cours de danse pour apprendre à valser avec les élèves de Saint-Cyr.

Je me souviens, une fois par semaine on allait à la piscine. On traversait Saint-Denis en rang, et tout le quartier savait que les demoiselles de la Légion d’Honneur allaient nager.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

4. Moi c’est Benoît

Ma famille c’est un peu compliqué. Quand je suis né ma mère avait 20 ans. Elle a quitté mon père pour un autre homme, mon demi-frère est né de cette union. J’ai aussi grandi avec deux demi-sœurs parce que mon père s’est remarié. Et puis nouvelle séparation pour ma mère et elle a eu un nouvel enfant. Avec une femme. Ma famille c’est une famille recomposée comme on dit.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

3. Je m’appelle Catherine. C’est drôle les souvenirs, certains sont têtus! Mon premier souvenir c’est quand ma sœur est née. Je revois le lit à barreaux dans cette chambre, j’avais deux ans. Je revois le jardin de la nourrice, l’herbe verte comme un tapis ! Je revois ma rentrée en classe de maternelle, et je me revois chez l’orthophoniste. Son bureau était recouvert de papiers, cette femme m’a plu dès que j’ai passé la porte de son cabinet. Elle m’a appris à lire, quand on apprend quelque chose qui nous aide à grandir, on s’en souvient pour la vie.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

2. Je m’appelle Louisa. Pendant des années je me suis laissée conduire sans aucune résistance. Je ne savais pas. Je ne savais pas que je pouvais lui dire non, que je pouvais lui dire, « Voilà ce que je veux et ce n’est pas autrement ». J’avais peur. Peur de la rupture avec celui qui décidait pour moi. Mon mari.

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

 

1. Je m’appelle Alex. Je n’ai jamais aimé courir. Et voilà que depuis deux ans avec la bande de Shanghai le départ de la course matinale est donné tous les matins à 7h10, juste après le passage de la navette scolaire. Six kilomètres en trente minutes. Personne n’est passionné par la course à pieds, le plaisir c’est juste celui de se retrouver entre potes. Alors voilà, maintenant le lundi n’est plus le “lundi noir”, la course à pieds, c’est un « neutraliseur » de lundi !

Nadejda – Les Stylos en Villégiature – 5 Octobre 2016

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