Since the beginning of June, three groups of writers: two French, one Chinese, began working on transcribing interviews. (English groups will start in August.) What has been happening in the writing workshops where the future play is being made?

MD at work

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English version

The writing workshops aim at transforming the life stories collected during the first phase of the 99 project into short texts called snapshots.

The format of the snapshots comes from the play 99 women. A snapshot is a short text of 50 to 150 words, which will be spoken on stage by future actors and actresses.

A snapshot begins with a call: “My name is …” followed by an invented name.

In a snapshot, the characters tells in a few words an episode of their life, an unusual detail which expresses, at least partially, their way of being in the world.

Here are some examples, extracted from the play 99 women:

I’m called Silke. I was born single and have remained so. In my circle, they used to say that it was not natural to live alone. But the feeling of solitude was a fertile emotion and the surest thing that drove me. It pushed me in a thousand and one ways to reach out to the world.

I’m Pauline. I lost a blue cardigan when I was six and missed it for a long time. Later, I gave my father a marine blue pullover that he wore to the end of his life.

In the play 99 women, the snapshots came from the lives of 99 imaginary women. In the upcoming play for the 99 project, they will be inspired by the real lives of the interviewees reported by interviewers after their two hour conversations.

How do we handle this?

The writing workshops begin with a warm up. At each session, we practice exercises focused on a specific writing technique. During the first workshops, we were able to explore techniques such as working with constraints – we start with a prompt word or sentence, and with a genealogical approach we create a family tree to explore the fictional biography of a character and raise questions about him or her.

We first read the reports carefully. While working under constraints, we pick up words or sentences from the interview to start. While following the genealogical approach, we compose the family tree of the interviewee. During this process, ideas arise, the characters gain consistency, and they become clearer but their mystery thickens as well. It must be understood that the snapshots do not comment on the lives of interviewees; indeed, we are trying to grasp in depth the vitality that moves them. The moment of the interview was an exchange richer than an ordinary conversation; likewise, writing helps us dive deeper into the living material of the interview report meeting the personality of the interviewee and, sometimes, of the interviewer.

Along the way, each writer produces one or more snapshots that are then spoken aloud. This allows us to test the musicality of a text which is very important for theater.

Let us say right away, the Truth with a capital T of individuals always escapes. Interviewees told the interviewers what matters to them during the interview: some were prolix, others were more reserved. They were all sincere, but they did not say everything. Interviewers also reported their stories through their own sensitivity. Questions vary and the answers they gave us to read – direct quotes or personal rewritings, are by definition, selective. Interviewers were scrupulous and honest, but they could not report everything.

In short, a life story is a fiction full of holes.

But the breaches of the speech are the places where writing can take place. Writers build their snapshots on the material facts provided by the report but they seek the spaces between words to express an identity that is not fixed but constantly being reinterpreted and rewritten according to circumstance and encounter. In the end, what is important for us is to capture with words the movement of a person’s life through multiple, vivid impressions.

 

Geneviève Flaven


Version française

Les écrivains au travail

Depuis le début du mois de juin, trois groupes d’écrivains, deux en français, un en chinois ont commencé à travailler sur les comptes rendus d’interviews. Que se passe-t-il dans les ateliers d’écriture où se fabrique la future pièce ?

 

Les ateliers d’écriture visent à transformer les histoires de vie, confiés par les interviewés aux interviewers au cours de la première phase du projet en textes courts appelés fragments.

Le format des fragments est inspiré de la pièce 99 women. Il s’agit d’un texte court de 50 à 150 mots, qui sera proclamé en scène par les futurs acteurs et actrices.

Le fragment début par un appel du nom. « Je m’appelle »… suivi par un prénom inventé.

Dans un fragment, une personne se présente à nous et se met à parler en son nom « je ». Que vient-elle nous dire ? Elle raconte en quelques mots un épisode de sa vie, un détail singulier qui rend compte, au moins en en partie, de sa façon d’être au monde.

Voici quelques exemples, extraits de la pièce 99 women.

Je m’appelle Silke. Je suis née célibataire et le suis restée. On soutenait dans mon milieu que vivre seul n’était pas naturel. Pourtant le sentiment de solitude fut une émotion féconde et mon moteur le plus sûr. Il m’a poussé de mille et une façons à aller vers le monde.

Je suis Pauline. J’ai perdu un cardigan bleu à l’âge de six ans que j’ai regretté longtemps. Plus tard, j’ai offert à mon père un pull marin bleu qu’il porta jusqu’à son dernier jour.

Dans la pièce 99 women, les fragments d’existence avaient pour point de départ la vie de femmes imaginaires. Dans le cadre du 99 project, ils seront inspirés des vies réelles des interviewées relatées par les interviewers après d’un échange de deux heures.

Comment faire ?

L’atelier d’écriture commence par un échauffement. On pratique des exercices autour d’une technique d’écriture. Lors des premiers ateliers : nous avons pu explorer notamment, le travail sous contrainte : un mot ou d’une courte phrase imposée déclenche l’écriture ou encore l’approche généalogique : un arbre de famille retrace la biographie du futur personnage.Après l’échauffement, vient le travail sur les comptes rendus.

Nous les lisons d’abord attentivement. Si on travaille par exemple sous contrainte,  on repère les mots ou les expressions qui constitueront notre point de départ. Si on travaille selon l’axe généalogique, on construit pas à pas l’arbre familial de l’interviewé. Au cours de ce processus, des idées surgissent, les personnages apparaissent, gagnent peu à peu en substance, ils deviennent proches mais leur mystère aussi s’épaissit. Il faut bien comprendre que l’écriture des fragments n’est pas un commentaire sur la vie des interviewés mais s’efforce d’en saisir la vitalité singulière. De même que le temps de l’interview a été un échange plus riche qu’une conversation ordinaire, de même l’écriture est une plongée en profondeur dans la matière vivante de l’interview à la rencontre de la personnalité de l’interviewé et parfois de l’interviewer.

Chemin faisant, chacun écrit un ou plusieurs fragments qui sont lus à haute voix. Ceci permet de tester la musicalité du texte très importante pour un texte de théâtre.

Disons-le tout de suite, la Vérité avec un grand V des êtres échappe toujours. Les interviewés ont confié ce qui leur tenait à cœur pendant le temps de l’interview: certains ont été prolixes, d’autres se sont montrés plus réservés. Ils ont été sincères mais ils n’ont pas tout dit. Les interviewers ont restitué leurs témoignages au travers de leur propre sensibilité : leurs questions varient, les réponses qu’ils nous donnent à lire, citations directes ou une réécriture personnelle sont sélectives par définition. Ils ont été scrupuleux et honnêtes mais ils n’ont pas pu tout rapporter. En somme, les récits de vie sont déjà des fictions pleines de trous.

Mais c’est précisément dans les failles du discours que l’écriture trouve sa place. Elle prend appui sur les faits matériels du compte rendu mais cherche entre les mots à exprimer une identité, non pas figée une bonne fois pour toute mais sans cesse réinterprétée et réécrite au gré des situations et des rencontres. C’est le mouvement de la personne et son empreinte vivante et multiple qu’il nous importe de saisir au travers des mots.

Geneviève Flaven

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