
Raconte-moi Nice
Créer ensemble : une précieuse lenteur
Les 6 et 7 novembre 2025, le projet Raconte-moi Nice a investi l’EHPAD Ma Maison de Nice pour deux jours d’ateliers d’écriture et de dessin. Au rythme des résidents, les images de la ville ont inspiré descriptions sensibles, métaphores poétiques et création collective. Dans cette parenthèse attentive et partagée, l’âge se fait force créatrice, révélant une vitalité qui continue d’habiter le monde.
Observer avant de se souvenir
Dès l’entrée de Ma Maison de Nice située tout près du Paillon, une atmosphère singulière s’impose. Conviviale, simple, traversée d’un rythme lent. Ici, les résidents ont plus de 80 ans, certains dépassent le siècle. Pour travailler avec eux, il faut ralentir, respirer, accorder son tempo au leur. Cette temporalité ouvre un rapport au monde plus attentif, plus profond.
Les ateliers animés par Geneviève Flaven et Philippe Nicloux, se déroulent dans l’atelier de l’établissement : une véritable caverne d’Ali Baba, riche de matériaux et d’outils, animée par la présence chaleureuse de Fabrice. Tout y respire la tranquillité active, propice à la création.
L’atelier commence par une écriture collective à partir de vues de Nice. Chacun observe longuement les images étalées sur la grande table puis s’arrête sur celle du port Lympia.
La première étape consiste à décrire simplement ce que l’on voit. Les bateaux orange, les cordages gris, les façades rouges, les collines, les bouées, l’église. Partir du réel, sans convoquer d’abord les souvenirs. Pour des personnes dont la mémoire s’effiloche parfois, cette approche apaise. Il suffit de regarder.

Du mot au geste : le dessin partagé
Peu à peu, les descriptions se chargent d’images et d’étincelles poétiques. Un bateau devient un cheval. Une bouée se transforme en fruit. De ces décalages naît la poésie et le poème collectif s’écrit. Un port, oui, mais transfiguré par les regards, la sensibilité et la présence de chacun.
Le dessin prend ensuite le relais. Philippe trace la structure du port sur une grande feuille. Les résidents ajoutent des motifs inspirés du poème. Certains dessinent avec assurance, d’autres sont accompagnés dans leurs gestes. Chacun trouve sa place. Chacun apporte quelque chose.
Ces ateliers révèlent une vérité précieuse. La vitalité ne disparaît pas avec l’âge. Elle se transforme. Les personnes âgées partagent autant par leur présence que par leurs souvenirs. Elles créent encore. Elles interprètent. Elles inventent. Elles continuent d’habiter le monde.
Dans un temps social souvent pressé, ces moments rappellent l’essentiel.
Créer demande lenteur, attention et partage.
Et à Ma Maison, ces jours-là, c’est exactement ce qui a eu lieu.
Merci à Fabrice et au personnel de Ma Maison. Merci aux participant.e.s Françoise, Roseline, Paule, Adèle, Jeanne, Jacques, Jacqueline, Pauline, Meïla, Maïten, Michèle, Sœur Bilda, Sœur Mireille et à Didier de l’Association L’Art est un jardin.
À propos
Raconte-moi Nice invite des personnes âgées vivant dans des EHPAD ou des résidences autonomie à réveiller les émotions sensorielles et les récits intimes liés au patrimoine niçois. Écriture, dessin, découvertes culturelles… Le projet, d’envergure nationale, conçu par l’association L’Art est un jardin avec le soutien de la Fondation des Petits Frères des Pauvres, est réalisé à Nice en collaboration avec Le Projet 99 et donnera lieu à l’édition d’un recueil de textes et dessins en 2026.

Port Lympia
Sur les quais l’église blanche regarde les eaux danser une valse.
Les bateaux orange tanguent comme si la tempête dormait encore.
Les bouées jaunes flottent posées sur l’eau comme des citrons de Calabre.
Les maisons anciennes portent les couleurs du comte Rouge, Amédée VII de Savoie.
Derrière les façades, les collines vertes suçotent l’air comme des bonbons à la menthe.
Les moteurs des hors-bords comme des chevaux grenat se cabrent, nerveux et prêts à bondir.
Bouts et cordages gris s’emmêlent comme un chapelet de boudin.
L’eau bleu roi de la source Lympia amarrée au vallon fuit vers la mer : évasion.
Au-dessus, les nuages outremer voguent déjà vers d’autres îles,
Et tout au fond du port repose une ancre solide : fraternité indélébile.