De l’écriture à la scène, une aventure collective au cœur de l’usine

Flins traverse un moment historique. L’usine Renault, berceau des Clio, Twingo, Zoe et Micra, passe à l’économie circulaire. Désormais, à Flins, on recycle, réemploie, on rénove et on développe de nouvelles solutions énergétiques. Le projet 99 FLINS d’écriture documentaire et de théâtre participatif, vise à documenter cette transformation majeure du point de vue des salariés qui la vivent au quotidien.

Avril 2024 : la pièce est composée

99 FLINS : Témoignages d’une révolution industrielle et humaine à Flins

La pièce “99 FLINS” a été composée le 11 avril sur le site de Flins. Cette œuvre repose sur un matériau riche : les témoignages écrits par une soixantaine de salariés, recueillis lors d’ateliers d’écriture qui se sont tenus de janvier à mars. Ces récits explorent les multiples facettes de la vie de l’usine : son immensité, la convivialité des anciens, la quête obsessionnelle de la qualité et de la productivité. Ils évoquent également le vertige ressenti quand l’arrêt de la fabrication automobile et la transition vers de nouvelles activités de reconditionnement de la Refactory ont été annoncés en 2020. Chaque témoignage offre un éclairage unique sur cette période de transformation majeure.

Au travers de la pièce 99 FLINS, on comprend très bien que le démarrage de la Refactory ne se résume pas à l’implémentation de nouveaux processus industriels et de nouveaux métiers de l’économie circulaire. Le passage du monde hyper contrôlé et hyper fragmenté de la chaîne automobile à l’environnement plus flou et polyvalent d’un atelier de reconditionnement bouleverse le rapport au travail, la vie des équipes et le pilotage de l’activité.

Ce qui rend cette pièce véritablement spéciale, c’est qu’elle donne la parole à chacun, quelle que soit sa fonction au sein de l’entreprise. Directeurs, chefs d’atelier, opérateurs, ont eu la possibilité d’exprimer librement leur ressenti face à cette évolution, qu’ils aient vécu le déplacement de leur identité professionnelle avec enthousiasme, amertume ou angoisse. Ces récits croisés font sens commun et dessinent portrait d’une communauté solide, soudée par des expériences partagées et cheminant vers un avenir durable qui reste à inventer ensemble.

99 FLINS: Testimonies of an industrial and human revolution in Flins

The piece “99 FLINS” was composed on April 11 on the Flins site. This work is based on rich materials: testimonies written by around sixty employees, collected during writing workshops held from January to March. These stories explore the multiple facets of factory life: its immensity, the friendliness of the veterans, the obsessive quest for quality and productivity. They also evoke the concern felt when the cessation of automobile manufacturing and the transition to new reconditioning activities at the Refactory were announced in 2020. Each testimony offers unique insight into this period of major transformation.

Through the piece 99 FLINS, we understand very well that the start of the Refactory is not limited to the implementation of new industrial processes and new circular economy professions. The transition from the hyper-controlledworld of the automobile chain to the more versatile environment of a reconditioning workshop is disrupting the relationship with work, the life of the teams and the management of the activity.

What makes the play truly special is that it gives everyone a voice, regardless of their role within the company. Directors, workshop managers and operators had the opportunity to freely express their feelings about this development, whether they experienced the shift in their professional identity with enthusiasm, bitterness or concern. These intersecting stories make common sense and paint the portrait of a solid community, united by shared experiences and moving towards a sustainable future that remains to be invented together.

Mars 2024 : les ateliers d’écriture s’achèvent !

De janvier à mars, une trentaine de salariés de Flins se sont lancés dans l’aventure de l’écriture lors d’ateliers organisés dans le cadre du projet 99 FLINS. Leur but : écrire des textes courts qui fourniront le matériau de la future pièce. Les thèmes : les souvenirs de l’usine, les tâches effectuées et les compétences, les objets techniques familiers, les relations interpersonnelles et bien sûr la transformation de l’usine en Refactory. Bref, tout ce qui traverse et façonne le quotidien au travail et son évolution. Des pistes d’écriture ont aidé à libérer la créativité et à embarquer tout le monde sur un pied d’égalité.

En lisant les textes en séance, nous avons constaté combien les témoignages se répondaient. Ils forment un socle d’expériences vécues et d’aspirations partagées qui rassemble et rassure face aux défis de demain. En avril, nous allons donner vie à ces récits en composant la pièce. Ensuite, ce sera aux participants de jouer et d’incarner ces histoires sur scène, de respirer, de se détendre, de gagner en confiance en soi et dans le groupe et surtout de passer des messages importants.

From writing to the stage, a collective adventure in the heart of the factory

From January to March, around thirty Flins employees embarked on the adventure of writing during the workshops of the project 99 FLINS. Their mission: write short texts to provide the material for the future play. The themes: memories of the factory, tasks performed and skills, familiar technical objects, interpersonal relationships, and the transition to the circular economy. In short, everything that goes through and shapes everyday work and its evolution. Writing prompts helped unleash creativity and bring everyone on board on an equal footing.

While reading the texts live, we noticed how the testimonies responded to each other. They form a base of lived experiences and shared aspirations that unite and reassure us in the face of tomorrow’s challenges. As of April, we will bring these stories to life by composing the play. Then, it will be up to the participants to play and embody these stories on stage: an opportunity to breathe, relax, to gain confidence in themselves and in the group, and above all, to pass on important messages.

photo : première lecture de la pièce à Flins avec Stéphane Radut, Cyril Machenaud, Cécile Morin, Serge Cartellier, Sylvie Dugenest et Geneviève Flaven

Interactions

Seule au helpdesk. “Saloute” dit mon collègue. J’y ai droit tous les matins et après rien d’autre.
Les mails; Bonjour, serait-il possible de commander…cordialement. Bonjour, Mon intérimaire n’a pas eu de change…cordialement. Bonjour serait-il possible de m’imprimer…. cordialement etcetera.
Le facteur. Toujours à mastiquer des chewing-gums, ça me stresse. Bonjour, beaucoup de recommandés aujourd’hui ? Une petite signature ici, merci bonne journée.
Le livreur de colis, toujours en retard. Bonjour madame Rachida, tu vas bien ? Ça c’est pour toi. Tu connais ou tu connais pas ?
Au téléphone qui sonne. Bonjour madame, mon pantalon je peux le changer ? Je veux la même couleur du pantalon et de la veste.

Dénombrement

100 km heure pour rejoindre l’usine. 10 secondes pour faire couler mon café. 2h de travail pour organiser la visite du 29 mars. 39 sollicitations teams. 129 mails reçus. Une heure de plaisir partagé avec l’équipe autour du déjeuner. 5 km parcourus dans l’usine. 79 slides présentés. 4 réunions. 19 appels en absence. 75 minutes d’embouteillage. 0 % de batterie restante.

419 emballages à évacuer. Durée prévisionnelle du chantier 10 jours. Pourvu qu’il ne fasse pas trop froid. 1 grutier, 1 grue, 1 cisaille, 4 camions par jour. 4 chauffeurs : 3 souriants, un ronchon. 8 allers-retours pour amener les emballages des balances au chantier. 3 coups de cisaille pour couper un emballage. 1257 coups de cisaille après, 150 tonnes de ferraille  évacuées. 9 jours de pluie et un gros rhume.

Je me souviens

Je me souviens de l’été en tant que stagierimaire. Je me souviens de la signature de mon contrat. Je me souviens d’une UET  où les AGV (“automated guided vehicles”) n’existaient pas. Je me souviens des anciens qui fumaient sur la chaîne. Je me souviens d’avoir formé des collègues masculins qui m’appelaient “la guerrière” parce que les portes c’était l’unité la plus redoutée en termes de difficulté. Je me souviens des périodes de Ramadan où chacun partageait  son repas avec tout le monde. Je me souviens de la musique en bord de chaîne pour nous encourager. Je me souviens de la bonne humeur. Je me souviens des matins en pyjama parce que j’avais la flemme de me lever plus tôt et parce que de toute façon on se changeait après. Je me souviens de l’usine la nuit sans un bruit plutôt tranquille. Je me souviens du jour où j’ai quitté la chaîne. Je me souviens de l’annonce du projet Refactory. Je me souviens d’un site choqué par l’arrêt de la fabrication. Je me souviens des bouteilles d’eau des batailles d’eau lorsqu’il faisait 45 degrés dans les ateliers. Je me souviens des réunions avec les grands directeurs. Je me souviens avoir trouvé qu’ils n’étaient pas connectés au réel. Je me dis que ces souvenirs me manqueront quoi que je fasse dans le futur.

Février 2024 : déjà 5 ateliers d’écriture

L’enjeu du dispositif d’écriture 99 est de créer un espace où chacun peut « dire les choses » à sa façon et être écouté. Ici, le vécu de chacun compte à égalité. Le temps d’un atelier les statuts hiérarchiques sont mis de côté avec un plaisir manifeste. On est d’abord Yann, Hamid, Nora ou Corinne et non pas chef de département, chef d’atelier, manager d’unité ou opérateur. Ensuite, la méthode d’écriture requiert de parler en son nom et d’utiliser des formes créatives. Cette exigence a pour effet de déplacer plaintes et slogans stéréotypées pour valoriser la sincérité du point de vue personnel. Les témoignages individuels partagés en séance construisent progressivement un récit commun qui reflète la diversité des points de vue et les fédère.   Chacun s’y retrouve et y retrouve aussi les autres : les inquiétudes partagées et les aspirations collectives. La démarche permet d’embarquer tout le monde et nourrit  la confiance dans la capacité du groupe à faire face ensemble aux défis de demain. A Flins nous écrivons le futur, mêlant passé industriel et les espoirs d’une transition réussie. .

99 FLINS Unveils Flins’ Journey Towards a Circular Future

Flins is at the heart of a historic revolution. The Renault factory, which gave birth to the iconic Clio, Twingo, Zoe and Micra, is entering an era of the circular economy. Here, in Flins, recycling, reuse, renovation and energy innovation are now the key words. The The project 99 FLINS, combining documentary writing and participatory theater, sets out to capture this transformation through testimonies from employees who experience it daily.

The objective of the 99 writing process is to create a space for expression and listening where everyone has a voice. This egalitarian pact erases professional hierarchies and encourages speaking in one’s name, using creative forms that move away from stereotypical complaints and demagogic slogans in favor of personal sincerity.

Throughout the workshops, individual stories converge to form a collective narrative, reflecting the diversity of perspectives. Everyone discovers and shares common concerns as well as shared aspirations. This inclusive approach mobilizes all participants, strengthening confidence in the group’s ability to face future challenges together. In short, Flins writes the shared future, mixing the industrial past and the hopes of a successful transition.

Relations

Celui qui t’écrase la main pour te saluer et qui s’excuse : je n’ai pas l’habitude de dire bonjour aux femmes.
Celui ne veut pas te serre la main parce que t’es une femme.
Celui qui te pourrit ton samedi au volontariat parce qu’il n’est pas venu comme prévu.
Celui qui est paternel, peut-être trop.
Celui pour qui tu décrocherais la lune s’il te le demandait car il est pour toi un modèle.
Celle qui te donne des conseils et astuces pour gagner du temps quand tu saisis des informations dans le BPU.
Celui qui te réconforte quand tu en as plein de dos.
Celle à qui tu tricotes un doudou parce qu’elle est enceinte.

Je ne supporte pas

Je ne supporte pas les gens qui me prennent MA place de parking alors que j’arrive 30 minutes en avance, juste pour cela. Cela me met en colère dès le matin.
Je ne supporte pas ces radiateurs qui chauffent trop, qui me donnent mal à la tête et envie de vomir Alors qu’on parle d’économie d’énergie, on se croirait au Hammam.
Je ne supporte pas ceux qui viennent me voir sans un bonjour, sans un sourire en se disant : « ben, elle est là pour ça ».
Je ne supporte plus ma vieille imprimante qui fait des bourrages papier à répétition et me fait perdre mon temps.
Je ne supporte pas d’appeler le 11000 et de rester des heures à écouter des musiques débiles ; Moi c’est le Funk ou rien.
Je ne supporte pas de penser à toutes les personnes qui ont quitté l’usine et que je ne reverrai peut être pas.

Celui qui dirigeait

Celui qui dirigeait l’usine en 1955 mais que je n’ai pas connu.
Celui qui dirigeait l’usine en 2005 mais dont le nom ne me dit rien.
Celui qui dirigeait l’usine en 2011  et portait le nom d’un acteur américain.
Celui qui dirigeait l’usine en 2014 et qui se souvenait de mon prénom.
Celui qui dirigeait l’usine 2019 et n’était pas très commode.
Celui qui dirigeait l’usine en 2021 et a favorisé l’intégration des femmes sur tous les postes.
Celui qui dirige l’usine aujourd’hui en 2024 et vivra la fin de production avec nous.

Moi, dans 5 ans

Dans 5 ans, est ce que l’entrée de l’usine sera comme aujourd’hui ? Les tourniquets, les gardiens, les vestiaires, peut-être qu’on en aura plus besoin. Est-ce que j’aurais une équipe, des collègues ou seront-ils remplacés dar des robots ?

Je me souviens il y a 7 ans de l’ouverture du premier centre de reconditionnement de Flins. On arrivait péniblement à sortir 40 véhicules d’occasion par jour  la première année et sur les 40, 30 se faisaient recaler en qualité. Je me souviens des systèmes d’information qui plantaient en permanence, du tableur Excel que l’on avait dû mettre en place pour assurer le suivi et le pilotage de l’activité. Aujourd’hui on a bien progressé : on produit 200 véhicules par jour, on est bien aidé par les systèmes d’information, la gestion des flux est automatisée, les véhicules se déplacent au bon endroit et au bon moment. On a pu progresser en rentabilité et on gagne de l’argent. On en profite pour réinvestir dans le commerce et baisser les prix.

Cités idéales

Circulaire
Là où je t’emmène, on ne trouve rien qui soit neuf. Les vélos, les voitures, les feux tricolores, les maisons, les habits, tout ce qui nous entoure est réalisé avec de l’ancien. On appelle ça l’économie circulaire. Ce n’est pas encore une ville, mais un village. Nous sommes encore peu de citoyens à donner une seconde vie à nos objets qu’ils soient obsolètes ou abimés. Et vois-tu, grâce à cette façon de concevoir les objets de consommation, Nous, citoyens de ce village, nous avons redonné vit à ce qui est essentiel : la nature. Tu vas pouvoir constater que la végétation y est plus dense et même plus verte, les animaux qui étaient en voie d’extinction sont de nouveaux sur terre en nombre, le trou de la couche d’ozone a commencé à se refermer et nos enfants n’avalent plus de produits remplis de perturbateurs endocriniens. Je te souhaite bienvenu à RIEN NE SE PERD, RIEN NE SE CREE, TOUT SE TRANSFORME.

Sucrée
Connaissez-vous la ville de Grocalin ? Cette ville est située cette ville au bord d’une rivière de chocolat. Les maisons sont en pain d’épices, les fenêtres en nougatine et le mobilier fait de gros chamallow douillet. Les routes sont en sucre d’orge et desservent des petites usines à bonbons. Des nuages volants remplacent les voitures ; les montagnes sont recouvertes de Chantilly. La télévision ne diffuse que des films tendres qui parlent d’amour. Les gens partagent tout et se donnent la main. L’air de Grocalin a l’odeur des roses et de la tarte aux pommes.

Cités idéales

Adaptée
La ville de Flinopolis, sur le bord de la Seine est devenue en quelques années un endroit très recherché pour son air pur, son calme et sa verdure. Cyclistes et trottinistes circulent le long de la rivière et à part les engueulades habituelles – elles n’ont pas totalement disparues avec la mobilité douce – on entend les oiseaux chanter : les merles n’ont jamais quitté les environs mais les grèbes huppés et les hérons cendrés sont revenus nicher sur les rives du fleuve. Sur les côteaux, les riverains cultivent de petits jardins. Jardiner est une compétence recherchée qu’on acquiert dès l’école élémentaire. Certains jardins sont bien bichonnés, d’autres sont complétement bordéliques. C’est cela la diversité. La low tech s’est généralisée. On ne produit plus d’objets neufs, on rafistole, on rénove, on répare, on recycle tout ce qui peut l’être. Au début, les habitants de Flinopolis ont râlé, déplorant ce qu’ils qualifiaient d’une « régression regrettable vers le passé ». « C’est l’âge des cavernes » disaient les uns. « C’est le moyen âge » disaient les autres. Ils avaient une légère tendance à mélanger les périodes de l’histoire. Mais petit à petit, les habitants ont changé. Ils se sont aperçus que leurs besoins essentiels étaient moins nombreux qu’ils ne le pensaient. Personne au fond ne se plaignait plus de de la transformation des Marque Avenue, Burger King et Carrefour city en ressourcerie et marché paysan. Ils ont découvert que travailler de leurs mains leur apportaient des satisfactions. Même ceux qui avaient deux mains gauches s’en félicitaient. Ils se rappelaient avec émotion qu’il y avait eu une grande usine qui fabriquait des automobiles. Mais avec le réchauffement climatique et la fin des énergies fossiles, le moteur thermique, le plastique ce n’était plus possible. Il avait fallu faire autrement et comme leurs ancêtres de l’âge de pierre ou du Moyen Age l’avaient fait en leur temps, ils s’étaient adaptés.

Janvier 2024 : le projet a démarré !

Les ateliers d’écriture du projet 99 FLINS a débuté le 25 janvier avec pour objectif la création d’une pièce de théâtre qui reflète la transformation du site de Flins à partir des témoignages des salariés.

« On est venu pour voir » ont confié, prudents, les participants du premier atelier d’écriture du projet 99 FLINS qui s’est tenu le 25 janvier au 3 étage du bâtiment EE2. Ecrire, c’est intimidant. On croit n’avoir pas grand chose à raconter. On ne se pense pas capable d’écrire. Mais cette appréhension se dissipe très vite. Car les ateliers 99 FLINS abordent le vécu professionnel des participants. La matière existe déjà, dans la mémoire vive de chacun. Ensuite, des exemples tirés de la littérature illustrent les pistes d’écriture proposées et guident les participants dans la création de leurs propres récits. Ainsi, ils voient mieux comment exprimer ce qu’ils souhaitent raconter. Voilà pour la méthode : elle permet à tous de s’exprimer en s’appuyant sur sa propre expérience.

Lors du premier atelier, nous avons ainsi revisité les trajets de chacun fait pour venir à Flins et noté au vol les images aperçues en cours de route. Nous avons aussi rassemblé des souvenirs concrets du travail à l’usine : l’émotion du premier jour, les petits matins frisquets, la convivialité des anciens, mais aussi des épisodes plus exceptionnels pour tisser ensemble une mémoire sensible et partagée de Flins au cours des dernières décennies. Le deuxième atelier s’est concentré sur les outils, les gestes et les fonctions qui leur sont associées. Dans les quelques extraits ci-dessous vous verrez comment avec des mots simples, les salariés ont produit des textes forts et touchants.

Souvenirs

Je me souviens, le jour où j’ai signé.
Je me souviens d’un mec qui signait en même temps que moi.
Je me souviens que je l’ai rencontré pendant la visite médicale.
Je me souviens qu’il m’a posé la question tu vas dans quel département ?
Je me souviens que je lui ai dit au montage et qu’il m’a répondu ma pauvre, tu es sûre de vouloir y aller.
Je me souviens qu’il m’a dit tu verras, tu ne te maquilleras plus, tu seras obligé de couper tes ongles.
Je me souviens que je lui ai répondu je ne changerai pas et qu’il m’a dit on verra.
Je me souviens que la nuit de dimanche à lundi était très dure à cause de la peur de ne pas me réveiller à 4h00 du matin.
Je me souviens que de prendre le bus me traumatisait.
Je me souviens du mal être que je ressentais jeune femme quand je traversais le montage car il y a avait alors beaucoup d’hommes me mettaient mal à l’aise.
Je me souviens d’avoir très froid l’hiver en allant chercher le matin à 5h30 les voitures toutes gelées.
Je me souviens du boulanger qui passait dans les ateliers pour vendre des croissants le matin.
Je me souviens des samedis et des dimanches travaillés.
Je me souviens des barbecues du samedi lors des heures supplémentaires
Je me souviens que c’était dur de quitter mes équipes partout où j’ai été.

Objets

Elles vont toujours par paire, sollicitées dès le petit matin.  De différentes couleurs, de différentes formes, des hautes, des basses, pas belles, pas confortables, assez lourdes, indispensables, obligatoires même pour se déplacer dans les bâtiments. On les quitte avec bonheur en fin de journée. Nos chaussures de sécurité.

Un trajet

Le Rond-point non éclairé. Le Restau routier. Son nom : la marmite. Le pont roulant qui enjambe la Seine. L’autoroute. C’est désert. Normal, t’as vu l’heure ? La zone commerciale éclairée. Carrefour. Burger King. Tiens, j’ai faim ! Le pont de l’autoroute. La route qui longe l’usine. Les transpalettes aux lumières rouges et bleues. L’entrée. Le CE et les passages piétons. Le BTX en transformation. Le parking EE4. Brancher la voiture. Action.

Gestes

Enfiler des gants anti coupures.
S’approcher d’un caisson : porte latérale coulissante côté caisson.
Regarder la pièce. Compter les poinçonnages. Compter les ajourages. Compter les tirets.
Vérifier la référence, le numéro du lot, la traçabilité.
Prendre en photo.
Palucher d’un mouvement de droite à gauche avec la main pour détecter un gnon, un picot ou une déformation.
Palucher d’un mouvement de haut en bas avec la main pour la même raison.
Passer la pierre si on hésite sur la cotation d’un défaut.
Résilier la pièce pour n’en oublier aucun.
Retourner la pièce
Scruter les bords
Allumer la lampe
Vérifier la présence ou non d’amorce ou de casse
Alerter s’il y a un défaut
Retirer les gants.

Outils

Dès le démarrage de l’équipe, il sonne. Ses touches sont presque invisibles, il est difficile et compliqué à utiliser et je dois me déplacer pour capter un peu de réseau. J’ai à peine le temps de couper qu’il se relance et ça n’arrête pas de toute la journée. Il résiste à tout, aux chocs, au café. Il est toujours réveillé, mon téléphone.

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